La Mutante (1995), Roger Donaldson

On passe maintenant à un genre qui ne m’attirait pas il y a peu, mais que j’apprends à apprécier ces dernières années : la SF. Je m’enchaîne des petits films plus ou moins bons, et après le décevant The Borrower je visionne La Mutante.41829
Deux films qui ont le même crédo : La menace vient d’ailleurs.
Mais aidé par un casting loin d’être dégueu’ (Forest Withaker, Ben Kingsley ou encore Michael Madsen) ce dernier me parlera plus et sera plus marquant. Il fallait que j’en choisisse un. Ça sera donc Species, La Mutante en français, sorti en 1995.

Le scénario est basique : une chasse d’un spécimen mi-Femme mi-Extraterrestre par une équipe mise sur pieds par le laboratoire privé à l’initiative du projet. Le tout chapoté par Ben Kingsley.
Avec l’envie d’avoir un résultat rapide et surtout sans encombre, il emploie une équipe éclectique : une scientifique, un physicien, un voyant et un chasseur de prime (pour les situations musclés Michael Madsen est de la partie, bien avant que ses kilos en trop ne lui interdisent ce genre de rôle). Une chasse qui se soldera par la mort de cette Mutante. Issue inévitable pour les opposants à la race humaine.
J’avais une très mauvaise estime du film avant de le voir. Je lui ai toujours collé l’étiquette d’une série Z casse gueule, proche d’un vieux téléfilm RTL9 comme ce que ses suites deviendront. Mais au final il se glisse sur le doux chemin des séries B plaisantes, même si il a quelques défauts.

D’entrée de jeu, la musique est ultra efficace et m’a permis d’être dans l’ambiance du film. On assiste à la fuite de la mutante, l’échec cuisant de Kingsley qui le poussera à embaucher sa team. Et il n’y a pas à dire, on est dedans. Dès les premières minutes on en prend plein les mirettes avec la première mutation de cette jeune adolescente et la mort gratuite d’une employée de la SNCF US, avalée par cette masse maintenant difforme (non sans rappeler le monstre de The Thing). Moi qui me croyais dans un film gentillet de science fiction pour toute la famille, je dois réviser mon jugement et prendre la bête légèrement plus au sérieux. Bande son validée et monstre putride qui s’en sort bien : le film commence très bien.
L’histoire se met donc en route et nous dévoile peu à peu le casting. Et peu commun dans ce genre de bobine, ils sont tous plutôt cools chacun à leur manière. Petite préférence pour Whitaker (humilié et montré du doigt pour médiocrité par beaucoup je le défendrai toujours, même dans le récent Rogue One) en introverti médium. Il ne m’avait pas habitué à ce genre de rôle et développe un petit personnage attachant. À la frontière du ridicule, il ne franchira jamais cette limite et passera plus pour un mec gentil qu’un personnage lourdingue. Le personnage où l’identification est facile. Le mec lambda qui se retrouve ici par hasard qui brille par sa simplicité comparé aux gros bras et cerveaux de génies qui l’entoure.
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Dans ce monde dominé par la science, il arrive tant bien que mal à se faire sa place et est au final indispensable : original et efficace. Bien sûr, ça entraîne à des situations clichées du genre « Arrêtez-vous, on va frapper à la porte » ou encore « je sens que quelque chose de bizarre va se passer » avant une attaque explosive… Mais on lui pardonne allègrement ! Il sera même dans le carré final contre la mutante, ce qui n’est pas donné à tout le monde dans ce genre d’histoire.
Et la mutante, parlons-en ! Gros plus-value pour le film qui a bien dû aider à se faire connaître et à son succès car désignée par H R Giger lui-même.
Sil_The_TransformationAprès avoir fait l’extraterrestre d’Alien 15ans plus tôt et s’être occupé de la pochette du 3e opus de Danzig entre temps, on le retrouve ici pour encore un travail de qualité !
Il crée un monstre digne de sa mythologie, sublime et riche de détails. Travail qu’on admire pendant des scènes de rêves sous tous les angles ou de l’attaque sous-marine dans le jacuzzi. Une de ses plus belles œuvres dans le cinéma, que je préfère à l’alien de Ridley Scott.
Pleins d’ingrédients pour en faire un très bon film.

Mais malheureusement il sera victime d’un des plus gros fléaux du cinéma, d’une erreur impardonnable que je punis sans hésitation… Le rythme ! Passé la première heure quelques longueurs se font sentir. Regarder sa montre est mauvais signe, et ça m’est arrivé plus d’une fois… Malheureusement aucune richesse de scénario ou d’attachement particulier au film me fera mettre ce détail de côté.
Et pour cause, la chasse supposée violente laisse place à un espèce de cache-cache inoffensif. Malgré une espèce qui veut dominer le monde il y a zéro panique. Un ou deux cadavres laissés sur le bord de la route, cadavres dont on ne s’occupera que très peu. Rien d’inquiétant en somme. Et même si le casting est à première vue agréable, aucun ne prendra le dessus sur les autres. Quand un casting est vraiment fou et que chacun peut s’exprimer, on obtient un film haut en couleur. Là, personne n’a de place pour s’exprimer au mieux ou avoir des scènes mémorables. Aucun ne ne se tire vers le haut et au lieu de briller la team fini par être bien lisse et fade. Comme le film.
L‘ambition du film s’essoufle et la bobine se clôture sur un final qui me laisse un goût amer en bouche. Un affrontement entre trois des héros restants et la mutante qui se dévoile sous son plus beau jour. Masque de chaire humaine enlevé, l’équipe du film opte pour un CGI au rendu plus que dégueulasse alors que l’on apercevait le monstre parfaitement réalisé en maquillage-costume au rendu fou précédemment !
Manque de peau pour elle la 3D dans les films fait mal. Ici elle signe son arrêt de mort et en fait une entité bâtardement hideuse. Je n’ai jamais été pour ces effets et après des rendus aussi sales personne n’aurait dû l’être. C’est moche, mal animé et ridicule.
Et ce n’est pas la fin de la confrontation sur une explosion en after effect qui rattrapera le travail.index
Seul le petit enfant démoniaque sauvera un minimum la séquence. J’ai toujours adoré les enfants dans les films de monstres, vampires, zombies ou mutants. Toujours un caractère intouchable et malsain qui titille la morale pour savoir si il faut l’exterminer ou pas. Évidemment il ne faut avoir aucun remord, il a le droit à une raclée dont il se souviendra. Un peu d’équité dans ce monde ! On ne s’en portera que bien mieux.

La fin « ouverte », véritable institution pour faire des licences de films à ralonge, me fera quand même sourire : le gêne mutant trouvant refuge dans un rat, il fallait y penser.
Au final c’est un film de SF plus qu’acceptable mais qui a mal vieilli et surtout baclé sur la fin. Il me laisse le cul entre deux chaises, partagé entre un bon début qui te met dedans et une deuxième moitié qui perd en puissance, s’essouffle et enchaine quelques fautes.
Avec un goût de Direct to VHS/DVD, il est loin de la daube initialement prévue. J’en ressors mitigé. C’est le genre de film qui n’était pas fait pour côtoyer les grands. Quoiqu’il fasse on sent que ça n’aurait pas pu être mieux. L’alchimie n’a pas assez pris et n’a pas la folie, l’ambition ou encore la magie de films comme Alien ou The Thing qui eux ont marqué le cinéma.
Mais bon comme dirait Madsen dans le film « Let go motherfucker » ! Et il remplira le job de la soirée. Comme dirait mon frère avec ce genre de bobine : « il est OKAY ». Rien de plus.

Mais rien que pour le travail de Giger je ne regrette pas de l’avoir vu. Je pousserai peut-être même la curiosité vers ses suites si une folle soirée de masochisme pointe le bout de sa truffe.

Howard Bartleh

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