Interview Nasty Samy – Septembre 2017

Nasty Samy, hydre workaholic, a toujours l’esprit fourré dans l’un de ses nombreux projets. Activiste de la scène indé’ française depuis plus de 20ans, d’abord dans la musique (The Black Zombie Procession, Demon Vendetta et Cab Driver Stories mais aussi Second Rate, Hawaii Samurai, Ex-Hellbats, Teenage Renegade, Lost Cowboy Heroes), il profite de pauses pour animer son podcast Now It’s Dark, coucher sur papier ce qui l’habite et exprimer sa passion du cinéma, de la littérature & bien évidemment de la musique aux travers de piges pour divers magazines, de son Fanzine Everyday is like Sunday et de différents livres (déjà 3, bientôt 4…). Plus récemment et en totale réponse logique à sa passion, il s’est lancé dans le ciné-club avec son SINISTER CINE CLUB et propose des séances de rattrapages de grands classiques tel que Rambo ou Predator mais aussi des séances de bobines moins évidentes comme Basket Case & Frankenhooker de Frank HENENLOTTER par exemple.
C’est donc au cours de l’une de ses périodes creuses qu’il a eu la patience de répondre à nos quelques questions et de nous éclairer sur sa vision de la musique, de nous parler un peu plus de son actualité et bien évidemment de littérature & de cinéma (parce qu’il n’y en a jamais trop) :

Film Reels from Outer Space : Comme je l’ai dit dans l’article sur Teenage Renegade, je t’ai découvert il y a quelques années déjà avec le tout premier The Black Zombie Procession. J’étais jeune et clairement impressionné par ton son de guitare, surtout sur l’ouverture de « Zombies of Black Order » et sur « She wolves and ghouls first ». Je ne te cache pas que tu as joué un rôle sur le fait que j’ai commencé à jouer de la guitare à l’époque.
Mais toi, qui et qu’est-ce qui t’a donné envie de jouer de la guitare ? Un moment précis et/ou une personne en particulier ?

Nasty Samy : Merci pour ces quelques phrases, ça me fait très plaisir, et si ça a pu t’influencer ou t’inspirer à faire un truc derrière, c’est vraiment cool. C’est le principal, en fait.
J’ai commencé la guitare au lycée, en classe de seconde, j’écoutais déjà beaucoup de musique à l’époque, depuis l’âge de 9 ou 10 ans, j’ai eu mes premiers vinyles et premières cassettes avant même de rentrer au collège ! Mon père écoutait beaucoup de musique, il a clairement été une source d’informations et d’inspiration à ce niveau. Puis, une fois au collège, je me suis fait de nouveaux potes, on était quelques-uns dans le même trip, on écoutait essentiellement du Hard Rock, puis un peu plus tard du Thrash, du Death Metal, du Punk, et quelques années plus tard, au lycée, on a découvert toute la scène Hardcore américaine… on lisait des comics, des romans fantastiques, d’heroic fantasy, de SF, on louait des VHS de films d’horreur et d’action, on lisait des magazines sur tout ce qui nous intéressait (la presse était foisonnante à cette époque), bref c’était un bouillonnement intense, une somme de centres d’intérêts liés entre eux qui convergeaient vers une même direction : la culture alternative.

 

A 15 ans j’ai logiquement voulu m’essayer à un instrument, je voulais jouer de la basse… mon père m’a offert une guitare acoustique -un peu pour me démotiver je pense- à Noël (1992), pensant que j’allais la gratouiller deux fois et la mettre de côté (à cet âge là, comme tous les ados, j’étais plutôt indolent et je (dys)fonctionnait sur pas mal de points en dilettante), mais j’ai accroché immédiatement. Dès lors, j’ai passé beaucoup de temps sur mon instrument, et environ huit mois plus tard j’avais ma première vraie guitare électrique (une demi-caisse) ; j’avais la chance d’être entouré par de bons potes qui avaient commencé la guitare plus ou moins en même temps que moi, un très bon moyen pour progresser vite et être toujours motivé pour jouer. On a monté notre premier groupe un an plus tard… se réunir dans un local et faire du boucan ensemble, c’est clairement un aspect des choses que j’ai adoré.
Tout ça est à remettre dans son contexte, c’était vraiment l’environnement culturel de l’époque (la fin des années 80 et le tout début des années 90) qui a donc participé à mon intérêt vorace pour tout un pan de la musique alternative/extrême et pour tout ce qui l’entourait (cinéma, littérature, BD)

The_Black_Zombie_Procession_Sam_©_Olivier_Ducruix

FRfOS : La musique pour toi c’est une vocation ou un coup de tête qui a réussi ?

Nasty Samy : Ni l’un ni l’autre, c’est juste quelque chose qui m’a diverti, construit, guidé à une période où je me cherchais énormément (l’adolescence). La musique m’a permis d’occuper mes soirées (à la fin des cours), mes mercredi après-midi et mes week-end (quand on a commencé à répéter en groupe ou à aller voir des concerts le week-end)… j’en écoutais beaucoup (j’avais toujours un walkman sur les oreilles, je copiais des dizaines et des dizaines de k7, l’échange et la découverte « au hasard » était très importants dans le processus, il n’y avait pas Internet, la seule façon de découvrir la musique était de copier des cassettes, de les échanger à des potes -eux aussi faisaient la même chose- et de lire la presse). La musique, c’était un des sujets de prédilection avec mes potes, on était véritablement obsédé par les groupes que l’on découvrait, c’est tout un univers qui s’ouvrait à nous. La musique a toujours fait partie intégrante de ma vie, c’était le cas quand j’avais 12, 13, 14 ou 15 ans, et c’est encore le cas aujourd’hui. J’écoute encore de la musique une bonne partie de la journée, j’achète encore des disques toutes les semaines, et je vais voir pas mal de concerts ici et là quand mon emploi du temps me le permet. Bref, ce n’est ni une vocation, ni un coup de tête qui s’est transformé en un choix heureux, mais bel et bien un truc qui fait partie de mon moi intérieur (et extérieur, en fait!).

FRfOS : Du coup il en découle une question classique mais jamais dénuée d’intérêt. Même si c’est parfois compliqué d’y répondre : quelles sont tes plus grosses influences, celles qui ressortent le plus ? Vers qui tu te tournes quand la panne d’inspiration arrive (que ce soit dans le jeu ou l’esprit) ?

Nasty Samy : Mes influences sont diverses et variées, elles prennent leurs racines dans la musique, le cinéma, la littérature, la BD, la presse des années 80 et 90. Ce n’est pas un musicien, un artiste, un groupe en particulier, mais un sac de nœuds d’influences, fait de disques, de livres, de comics, de magazines, de fanzines, etc. De plus, je m’intéresse à plusieurs genres de musique, idem pour le cinéma et la littérature, donc difficile de te citer seulement quelques noms comme ça, à la volée. Mais ce que je peux dire, c’est que les groupes, musiciens, auteurs et cinéastes qui m’ont fait de l’effet quand j’étais ado’ me font encore de l’effet à l’âge de 40 ans… je les ai suivi sur toute leur carrière pour la plupart, je ne suis pas passé du coq à l’âne, en surfant sur plusieurs musiques ou courants artistiques/culturels en vogue, je m’intéresse aux mêmes choses que quand j’étais ado dans les années 80… Est-ce à souligner ou à déplorer ? Je n’en sais rien, toujours est-il que je suis fidèle (et boulimique) quand j’ai décidé de m’intéresser à des groupes, des auteurs, des cinéastes et des illustrateurs, et dans 90% des cas, j’ai suivi de très près ce qu’ils ont fait et ce qu’ils continuent de créer. J’ai toujours creusé ce qui m’intéressait, je ne suis pas du genre à picorer et à rester en surface… je plonge, j’approfondis, et je me nourris de tous ce que ces mecs ont proposé à un moment ou à un autre.

Même si ça semble un peu caduque de te lister des noms au kilomètre, disons que mes figures iconiques -dont je tire autant de l’inspiration, de l’influence que du divertissement pur- sont présentes dans ma vie depuis longtemps… je ne suis pas le bon client pour les hypes, les buzz, les trucs cool à la mode, les « sensations » éphémères… J’ai beaucoup de respect pour les artisans, ceux qui bossent avec leurs propres outils, des gens intègres, singuliers, qui ne sont pas obsédé par la popularité à tout crin, ni par le nombre de vente, ou de like, qui ne cherchent pas à s’adapter à une réalité quelconque ou à un marché éventuel, etc. Des mecs (ou meufs) qui restent purs même quand ils n’ont plus le vent dans le dos, qui restent créatifs et productifs même durant des périodes où ils n’ont plus les faveurs du business qui entourent leurs activités (musique, cinéma, littérature, etc.). Des faiseurs qui ne font les choses que parce qu’ils doivent les faire, pas pour d’autres raisons. Pêle-mêle, sans aucun ordre particulier, je peux citer : Johnny Ramone, Glenn Danzig, Henry Rollins, Jeffrey Lee Pierce, Link Wray, Jean Rollin, Raymond Carver, Philippe Druillet, Mike Vallely, Charles Bukowski, Hank Williams, John Milius, Morrissey, John Fante, son fils Dan Fante, William Castle, Herschell Gordon Lewis, Stephen King, Simenon, Jean Boullet, Lux Interior/Poison Ivy Rorschach, Lydia Lunch, Peter Steele, les pionniers tels que Buddy Holly, Gene Vincent, Eddie Cochran, Vince Taylor, Ed Wood, Harvey Pekar, Paul Weller, Adrian Tomine, Dan Clowes, Roger Corman, Edgar P Jacobs, Tommy Victor, Siné, Robert E Howard, Pascal Comelade, Jeff Dahl, Johnny Thunders, Jean Pierre Mocky, Bob Mould, Joey Shithead, Mark Safranko, Roy Orbison, Bela Lugosi, Vincent Price, Peter Cushing, Christopher Lee, Jim Wynorsky, Forest J Ackerman, Paul Fenech, Jean Pierre Dionnet, Ted V Mikels, les magazines ciné Metal Hurlant / Stafix / Mad Movies (période 80-90), les magazines musicaux RAGE, les Inrocks (période fanzine et période 90), la presse Hard rock (Hard Rock Mag, Hard Force, Metal Hammer), quelques jeux de rôle, et un paquet de zines de la scène punk/hardcore américaine des années 90… et bien d’autres, le puits des influences et des façonniers géniaux est sans fond.

Et musicalement, je pourrais te citer des centaines d’influences directes ou indirectes… mais vu la variété de mes goûts, il m’est tout simplement impossible de dresser une liste sans en oublier, disons juste qu’on y trouverait autant les Cramps que Voivod, Gun Club que Necrophagia, les Smiths que La Muerte, Stone Roses que Cro Mags, Echo and the Bunnymen que Gwar, the Sisters of Mercy que Carcass, Dick Dale que Type O Negative, Richard Hawley que Sadus, Replacements que Leeway, Fugazi que The Accused, les Fuzztones que Integrity… et je peux aussi évoquer les scènes Punk Hardcore au sens large du terme, la scène Hip Hop des années fin 80 et 90, la scène indie américaine… des groupes «plus grands que leur musique »… je pourrais en noircir des dizaines de pages, mais on va s’arrêter là.

FRfOS : Tu as commencé dans des groupes en tant que guitariste avec Second Rate, bassiste avec Hawaii Samurai et tu as touché un peu à tout ça en tant que membre de passage pour Hellbats, Dumbell, Simon Chainsaw ou encore Last Brigade par exemple.Mais depuis quelques temps tu es maintenant seul à bord de tes projets (BZP, Demon Vendetta). Pourquoi ce choix ?

Nasty Samy : Non, en fait j’ai joué dans des groupes bien avant Second Rate (fondé en 1998)… j’ai commencé à jouer en groupe quand j’étais au lycée, en 1993, dans des groupes Metal / Hardcore qui n’ont concrètement rien réalisé, à part quelques répétitions pour certains, et quelques concerts locaux assez épiques ici et là pour d’autres, mais ça a été une base pour la suite de mes groupes et de mes activités. J’ai joué mon premier concert en 1994, si mes souvenirs sont bons. Les premières expériences naïves et bordéliques -uniquement poussées par l’énergie juvénile adolescente- ont posé les premières pierres de ce que j’ai mis sur pied les années suivantes. Chaque expérience de groupe a son importance, une pierre après l’autre, une tranche de vie en nourrissant une autre.

Et je n’ai jamais été seul à bord dans mes groupes (je ne supporte pas le terme « projet », désolé)… certains ont été pensés et organisés dans une optique collégiale, d’autre on été un peu plus façonnés par mes soins, selon ma vision, mais chaque musicien -de passage ou non- a contribué à tous les groupes que j’ai fondé. BZP est un peu à part, car c’est un groupe avec lequel je peux me permettre de faire à peu près ce que je veux, quand je le veux, de la manière dont je l’ai décidé. Mais pour les autres, à part quelques changements de musiciens ici et là, c’est toujours dans une logique de groupe que l’on avance. Chacun a ses rôles et responsabilités, certains un peu plus que d’autres, mais je n’ai jamais eu de projet « solo » à proprement parler…

Pour les groupes étrangers que tu mentionnes, en fait, j’étais juste un musicien engagé pour des tournées européennes, et parfois je collaborais à un album, ou un EP, sur diverses sessions studio. Ce sont des choix que je fais en fonction de ce que l’on me propose, mais aussi en fonction de rencontres, d’opportunités, des projets lancés plus ou moins sérieusement… chaque groupe ou collaboration a son histoire, et avec chacun d’entre eux, j’ai enregistré des disques et fait des concerts/tournées. J’ai joué sur environ 18 albums (sans compter les EP et splits EP), et joué environ 1100 concerts… je ne peux pas te raconter tous les détails de ma discographie, mais toutes ces histoires se sont façonnées sur la route ou en studio, avec un groupe ou un autre. Rien n’est vraiment anticipé, ça arrive quand ça doit arriver, souvent d’une manière totalement hasardeuse d’ailleurs… mais, vraiment, je n’ai jamais pensé en terme de « carrière musicale », et quand je monte un groupe, ou que j’intègre les rangs d’un groupe déjà existant, je ne fais aucun plan sur la comète, je sais que l’histoire aura un début et une fin, et quoiqu’il en soit je ne mets aucun groupe au dessus de l’autre, je fais ce que je dois faire, et j’essaie de le faire le mieux possible, en étant investi dans la musique et ses à côtés.

FRfOS : Au niveau musical, quelles sont les prochaines étapes du coup ?

Nasty Samy : Cette année (2017) a été assez chargée niveau sorties : le nouveau mini album de BZP (Heca-Tomb, proposé avec un roman du même nom écrit par l’auteur Zaroff) en Janvier ainsi qu’un split cassette Demon Vendetta / Arno de Cea en Mars. Pour ce qui est des autres groupes : avec Cab Driver Stories, on a quelques nouveaux morceaux que l’on va enregistrer début 2018, qui figureront su un maxi 5 titres, on va également tourner un clip pour un nouveau titre. Je compose de nouveaux morceaux pour un troisième album de Demon Vendetta, que l’on enregistrera dans le courant de l’année 2018, on se voit peu, tout le monde habite dans une ville différente, ça devient de plus en plus difficile de trouver du temps pour répéter et préparer une nouvelle prod’. On se voit uniquement quand on part en concerts.

Je travaille de mon côté sur mon premier album « solo », un disque de reprises, 13 ou 14 titres qui ont été très important pour moi à un moment ou à un autre de ma vie, des morceaux de groupes iconiques (pour moi!). L’album sera accompagné d’un fascicule dans lequel j’écrirai un petit texte pour chaque titres repris, pour les remettre dans leurs contextes et expliquer l’histoire que j’ai avec cette chanson… un exercice de style que je voulais faire depuis un moment déjà…. donc là, je me suis dit que c’était le bon moment, je profite d’une période où c’est un peu plus calme au niveau des concerts avec mes autres groupes pour travailler dessus.

FRfOS : Encore quelque chose que tu voudrais accomplir ?

Nasty Samy : Dans la vie ?? Haha, j’espère bien oui !! Au niveau musical, je n’anticipe pas, je fais ce que j’ai envie de faire, je n’attends rien de précis de tout ça, juste concrétiser des envies, continuer à être créatif et productif, laisser une trace, même infime, batir un univers personnel fait de disques et d’écrits, divers et variés.

FRfOS : Outre BZP et Demon Vendetta d’autres horizons à explorer ? D’autres styles qui t’attirent ?

godillonNasty Samy : Oui, ça se fera quand il y aura la bonne opportunité, la bonne rencontre, le bon timing, et même peut-être tout ça à la fois ! Mais j’ai quelques idées qui sortent du cadre rock / metal / power pop classique, quelques perches ont été tendues pour des collaborations… on verra quand tout sera aligné, je ne suis pas pressé, mais oui, clairement, j’ai envie de sortir de ma zone de confort…

FRfOS : Aurais-tu envie de vraiment t’exporter en dehors de la France ? Ou la France te suffit ?

Nasty Samy : J’ai déjà beaucoup joué à l’étranger avec certains groupes, je dirais dans une quinzaine de pays en Europe, mais il faut que ce soit correctement organisé, et ce n’est pas toujours facile de trouver les bonnes personnes et structures avec qui collaborer. En ce moment, on joue de temps en temps en Allemagne et en Suisse avec Demon Vendetta, car les conditions sont correctes. En France, il y a quand même de quoi faire… quand j’entends des groupes se plaindre sur la question des lieux où jouer en France… avec Demon Vendetta, on arrive à faire entre 40 concerts uniquement en France pour chaque album que l’on sort, c’est donc qu’il y a des endroits.. et il y a plein de villes que l’on n’a pas encore faites !

FRfOS : Y a-t-il des choix que tu regrettes ou des occasions manquées ? Des trucs sur lesquels tu voudrais revenir ?

Nasty Samy : Non, ce qui est fait est fait… inutile de revenir dessus, j’avance, je ne réécoute jamais mes disques… comme je le disais précédemment, chaque groupe et chaque disque a son histoire propre, à remettre dans un contexte et dans une période précise. Aucun regret, j’ai fait quelques erreurs bien sûr, collaboré aussi avec des gens avec qui je ne partageais pas grand chose parfois, mais c’est ainsi, ça fait partie du processus. A partir du moment où je n’ai jamais vraiment attendu grand chose de tout ça, je ne peux pas avoir de grosses déceptions… savoir que certains disques ou certains groupes ont été importants à un moment donné pour quelques mecs ou meufs ici et là, c’est le principal. Que ça ait parlé à quelqu’un, c’est déjà beau.

FRfOS : Dernière question musicale. Avec le chemin parcouru en tant que musicien, et surtout en fan de musique absolu : la dernière claque que tu as prise à l’écoute d’un disque ? Dernier coup de cœur ? Pourquoi ?

Nasty Samy : Rien de spécial, la question est trop large… j’achète des disques toutes les semaines, à 99% d’occasion, je creuse les musiques que j’aime, j’approfondis sur les groupes, les musiciens, bref je me contrefous des nouveautés, il y a des trucs que j’entends qui me plaise, mais il m’en faut plus… la musique pour la musique ne m’intéresse pas, il faut que je valide l’univers du groupe, ou alors les lyrics, les interviews des mecs, etc., il faut qu’il y ait une « connexion » entre le groupe et moi. C’est un tout… ce n’est pas parce qu’il y a trois excellent titres sur un album que je vais crier au génie… donc fatalement, j’ai plus tendance à me pencher à fond sur des groupes qui ont des heures de vol et une grosse histoire derrière eux. De plus, ça fait quand même un moment que la musique fonctionne en cycle revivaliste, avec des gimmicks précis et des clichés faciles… tout a été fait… donc quand il s’agit de la troisième génération qui réutilise des codes et des (grosses) ficelles, forcément, ça perd un peu en spontanéité et en fraîcheur, donc en impact.

FRfOS : Maintenant dans des thèmes plus larges, autres que la musique.
Tu répètes assez que musique et cinéma sont liés. Déclaration que je partage largement, rien qu’à voir certaines B.O. (dernière en date qui m’a fait penser à ça Faust de Yuzna avec Machine Head ou encore Type O Negative) ou même à contrario certains albums/groupes largement influencés par le cinéma. Il suffit juste de voir la scène Surf très axée Sci-Fi, Horreur old school, Tales From the Crypt, Universal Monster, Voodoo and cie. Mais pourquoi la scène Surf actuelle a une image très proche de ce cinéma de genre  ?

Nasty Samy : La scène surf, de tout temps, a joué avec des éléments de pop culture de son époque. C’est une musique, au départ, ciblée pour les ados sauvages, insouciants et avides de bonnes sensations. Et effectivement, au fil du temps, une bonne partie des groupes Surf ont joué avec certains codes : la SF old school, l’horreur gothique, le trip Lucha Libre, les films d’espionnage, etc. Mais j’ai envie de dire que ce sont des codes qui ont été utilisés plus globalement et largement dans toutes les filiations du rock, en fait, et dans toutes ses sous branches, comme le Heavy Metal, le Thrash, le Death, etc.
La musique Surf est assez cartoonesque dans l’esprit, elle colle complètement à l’univers des films suscités, le fait qu’elle soit instrumentale favorise aussi son côté BO de films…

FRfOS : Tu as annoncé que le fanzinat était pour toi terminé, pour te consacrer à l’écriture de bouquin (et je ne peux que t’encourager, les premiers étant plus que très bons, j’attends avec énormément d’impatience celui sur la scène métal française). Le Fanzinat ne va pas te manquer sur le long terme ?
IMG_1514
Nasty Samy : J’écris, publie et édite des fanzines depuis 1997, soit 20 ans… dans ce laps de temps, j’ai également contribué à d’autres zines que les miens, c’est donc un medium que j’ai bien et beaucoup utilisé. J’ai décidé de me concentrer sur quelques projets en cours, des chantiers très chronophages, dont le livre sur les origines de la scène Thrash Death Metal (que j’écris avec mon pote Jérémie Grima)… mais je continue de collaborer à quelques fanzines quand on me le propose (ces derniers temps notamment dans Zone 52, Cathodic Overdose et La Fraîcheur des Cafards). De plus, j’écris pour la presse, j’y place des piges ici et là, je n’ai donc plus le temps de tout faire. Mais à l’heure où je te parle, j’ai quand même l’équivalent d’un fanzine de 70 pages, fait de chroniques et d’interviews, qui attend dans un dossier de mon ordi’, d’être mis en page et publié. Je verrai si mon planning me permet de le faire l’année prochaine, quand le livre sur la scène Metal française des années 80/90 sera publié, peut-être…

FRfOS : As-tu la volonté de t’éloigner du bouquin ancré dans le réel biographique/autobiographique pour de la fiction/semi-fiction avec l’expérience que tu as, maintenant ?

Nasty Samy : Je ne suis pas sûr d’avoir les épaules pour ça… je lis beaucoup… mais je ne me suis jamais attelé à un récit de fiction… si je franchis le pas, que je me mets à écrire un roman, ou des nouvelles, il y aura des éléments autobiographiques dedans, ça se passera forcément dans un contexte culturel qui est le mien… mais je n’ai pas de projet qui vont dans ce sens, plus tard peut-être, mais c’est une activité qui demande une énorme discipline et beaucoup de temps. Je respecte grandement les gens qui écrivent des romans, c’est une race à part. Je m’y mettrai peut-être un jour… peut-être pas.

FRfOS : Le dernier livre qui t’a réellement fait vibrer ? Pourquoi ?

Nasty Samy : Idem, il y en a trop… mais ces dernières semaines, j’ai vraiment aimé J’ai été Johnny Thunders de Carlos Zanon, Vernon Subutex de Virginie Despentes, Rural Noir de Benoit Minville, Ablutions de Patrick Dewitt et la biographie de Raymon Carver (Une Vie d’Ecrivain).

a1088052795_10FRfOS : Ces lignes apparaîtront pour la prochaine sortie du site sur le thème Retour sur les bancs de l’école. Je sais que l’esprit highschool, teenage movie, toute cette période de vie ne t’es pas étrangère et ne te laisse pas indifférente. D’ailleurs j’ai longtemps hésité à l’appeler « Is there life after Highschool ? » en référence à ton premier album des Teenage Renegade.
Pour toi qu’est ce que ça représente concrètement ? Quelle est ta vision de cet esprit ?

Nasty Samy : La période adolescente -donc pour schématiser la période liée aux années lycée- est traumatisante, dans tous les sens du terme. Certains l’on vécue comme un enfer, un supplice, un chemin de croix. Pour ma part, j’ai traversé ces années sans aucune difficulté. C’est une période d’apprentissage, une sorte de chemin initiatique qui te mène vers l’âge adulte, un jeu vidéo géant, avec plusieurs niveaux/stage et la découverte de mondes cachés. Pour ma part, j’associe cette période à tout ce que j’ai ingéré au niveau culturel, ainsi qu’à mes interactions avec mes potes, mes premières copines, etc… c’est une période de formation. C’est une période où j’étais une véritable éponge, je lisais énormément, je commençais la musique, j’essayais de trouver un maximum de trucs en musique (à une période où, sans le net, c’était assez compliqué, surtout quand tu vivais dans un bled de 6000 habitants à la frontière suisse, comme c’était mon cas!), je regardais beaucoup de films, bref, j’étais en feu ! C’est une période où tu essaies plein de trucs… tu fumes tes première clopes, bois tes premières bières, découvre la dope (shit, lsd, champignons hallu’ and more), tu as tes premières vraies relations avec des filles, bref, à chaque nouveau jour son lot de découvertes et de sensations… cette période m’a construit et façonné, et aujourd’hui encore j’en porte les stigmates. J’ai 40 ans, et je me considère encore comme un ado’ attardé. Mes centres d’intérêts sont les mêmes que quand j’avais 18 ans, même si j’ai beaucoup creusé et découvert d’autres choses, je me sens toujours aussi insouciant, libre, et en réaction au monde adulte, que je trouve d’une laideur sans nom.

FRfOS : Cette culture teenage semble être plus forte aux États-unis, avec cette image qui nous charme tous, retranscrite dans les séries comme Buffy contre les Vampires ou Parker Lewis ne Perd Jamais par exemple… et je trouve qu’en France, et ailleurs dans le monde, on a du mal à retranscrire ce mood. Cet esprit ne peut-il exister qu’aux States selon toi ?

Nasty Samy : En fait, ce sont des films et des séries américaines qui ont imposé ces codes culturels au monde entier… la culture populaire américaine du Nord a clairement impacté toute la société occidentale dans les années 70 / 80 et 90. Donc forcément, quand ce trip teenage est traité par des pays européens, on sent que ce n’est qu’une pâle copie de ces codes et clichés… tout simplement parce que le rock, les comics, les films de genre, et même le sport, bref tout ce qui est attaché à l’âge adolescent dans la culture américaine, n’a jamais eu la même place dans les pays non anglophones… enfin moi, je l’analyse -rapidement- de cette façon. Par exemple, un auteur comme Stephen King est typiquement américain, on sent -dans sa plume, dans le background de ses histoires, dans ses personnages- qu’il n’est ni français, ni italien ni espagnol, ni autrichien ! Il y a toute une génération de réalisateurs, d’auteurs, de musiciens, d’illustrateurs américains qui ont été éduqués et influencés par les mêmes sources, les vieux monster movies, les vieux comics, les pulps, les émissions horrifiques présentés par des hôtes grimés, par l’explosion de la culture rock des 50’s/60’s/70’s…. c’est un terreau qu’ils ont en commun, qu’ils ont re-balancé dans leurs œuvres et qui a posé les bases d’une culture destinée à une cible adolescente… une culture de divertissement, en fait.

VisuelELS01

FRfOS : On en vient donc au cinéma. Un domaine que tu adores, et que tu défends à travers quasi toutes tes activités, et notamment ton Sinister Cine Club. Je ne reviendrai pas sur les déceptions, toute personne qui écoute ton podcast ou qui a lu tes dernières interviews sont au courant. Mais y a-t-il des films, projets que tu attends avec impatience ?

Nasty Samy : Non je n’attends pas de films en particulier… je continue d’aller au cinéma régulièrement, mais surtout pour voir des re-sorties, des cycles en ciné-clubs, etc.
Je regarde beaucoup de vieux films, dans les genres que j’apprécie, c’est à dire l’horreur et la vieille Science Fiction des années 50 (par contre je n’aime pas du tout les films SF de ces 20 dernières années), je me fais aussi quelques cycles de cinéma d’auteurs, je suis un gros fan de Truffaut et Chabrol, entres autres…

FRfOS : Composer des B.O. ou même carrément te mettre derrière la caméra, un domaine qui t’intéresserait ?

Nasty Samy : Oui, collaborer à l’environnement sonore d’un film, c’est clairement un domaine qui pourrait être intéressant. Quelques morceaux de mes groupes ont été utilisés dans des documentaires, des émissions ou des courts métrages (Second Rate, Hawaii Samurai et the Black Zombie Procession)… mais ils n’avaient pas été composés pour ces supports, ils ont été choisi après, pour habiller les images. Composer pour un film ou un court métrage, à partir d’images, mais en étant en étant en étroite relation avec le réalisateurs, c’est une tout autre chose, ça peut être très intéressant… une autre technique de travail en tout cas.
En ce moment il y a une grosse hype sur les mood synthétiques des années 80’s, un paquet de monde s’est infiltré dans cette brèche… perso, je composerais un score et des ambiances avec des guitares, une basse et une batterie, parce qu’il y a vraiment moyen de faire quelques chose d’intéressant, et de sortir de ces clichés synth wave / electro minimaliste qui commence à être un peu gonflants.

FRfOS : Dans la mode de tous ces remakes-reboot, quel projet intouchable te ferait avoir une crise cardiaque si tu apprenais sa mise en chantier ?

Nasty Samy : Rien. Je crois que tout a été refait, non ? Ca ne m’intéresse pas, j’en ai vu quelques-uns, je prends ça comme de simples pop-corn movies, et à 99,999% des cas, mon avis est le même : ça ne sert à rien. Les remakes / reboot de Terminator, Freddy, Conan, Robocop et consorts parlent pour eux-mêmes : c’est lamentable. Le seul remake que je valide c’est celui du Blob, réalisé par Chuck Russel, sorti en 1988. Même le remake de The Thing de Carpenter est moins bien que l’original datant de 1951.
Par contre, je suis un bon client pour les versions de la Hammer des monstres classiques de la Universal.

FRfOS : Dernier film dément que tu as vu ? Pourquoi ?

Nasty Samy : Je regarde pas mal de films, dans des styles assez différents, je peux enchaîner un cycle Cassavetes au ciné club avec une session VHS de trucs gores hyper régressifs des années 80, ça ne me pose aucun problème, et j’apprécie les deux avec le même plaisir, en les remettant dans leurs contextes. Donc, dur de te citer un film plutôt qu’un autre. Hier j’ai regardé Rolling Thunder de John Flynn (1977), qui est un des meilleurs films dans le genre vigilante que j’ai pu voir… il y a quelques jours, j’ai vu Graduation Day (l’excellente réédition récemment sortie chez Uncut Movies), un slasher/psycho-killer bien vicieux sorti en 1981 dont j’ai particulièrement apprécié l’atmosphère tordue.

FRfOS : Si demain on t’annonçait que tu as la chance de rencontrer la célébrité de ton choix, tu aimerais rencontrer qui ? Pour lui parler de quoi ?

Nasty Samy : Personne, ça ne m’intéresse pas, j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer quelques mecs que je juge « iconique » pour moi et mon parcours, ça ne m’a rien fait, je ne demande pas d’autographes, pas de photos, rien, je n’ai pas spécialement envie de leur parler, je n’ai pas du tout cette fibre fan/groupie… j’ai été amené à interviewer quelques mecs que je respecte beaucoup pour mes activités de pigiste dans la presse culturelle/musicale, idem, j’aime bien le faire dans le cadre concret d’une grosse interview, mais ça ne dépasse pas cet aspect des choses. Je me contente d’écouter les disques, de regarder les films, de lire les livres des mecs que j’apprécie vraiment, ça me suffit… c’est leurs œuvres qui m’intéressent, pas leur vie privée.

FRfOS : Y a-t-il un job que tu idéalises toujours ? Que tu aimerais tester ?

Nasty Samy : J’aurais aimé travailler dans un vidéo club, le syndrome Clerks, quoi. Pour le reste, le monde du travail me file la gerbe, donc je ne fais que des tafs alimentaires pourris quand j’ai besoin de payer mon loyer… pour le reste, je me démerde avec ce que je sais faire ici et là, c’est à dire jouer de la guitare et écrire, ce n’est pas toujours suffisant malheureusement, donc je fais ce que j’ai à faire dans les périodes creuses. Mais non, aucun job ne m’intéresse. Je n’aime que lire, marcher au bord de l’eau, discuter avec mes vrais potes (mecs et meufs), et passer du temps tout seul à bosser sur mes activités. Le reste me laisse de marbre.

FRfOS : Outre les périodes de concerts et de voyages que ça entraîne : pour toi la journée idéale ?

Nasty Samy : La journée idéale, c’est clairement la journée dans laquelle j’ai pu faire tout ce qu’il y avait listé sur le post-it collé sur mon ordi quand je m’installe à mon bureau pour commencer ma journée. Quand le moment de se coucher arrive (assez tard généralement) et que toutes les lignes de ce post-it sont barrées, je me sens bien…

Un grand merci à lui pour toutes ces réponses complètes et passionnantes et pour le temps passé à y répondre ! Retrouvez toute son actualité sur : www.likesunday.com & www.nastymerch.com

 

Nos critiques de ses albums sur le site

a4108343403_10  g_teenagerenegade_bookcd  17308868_1713192125374532_9105367384418128328_n

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s