IT VS ÇA (1990/2017), Tommy Lee Wallace VS Andrés Buscietti

it-happt-times-2Il y a 27 ans, après s’être aiguisé les couteaux sur Halloween III, Tommy Lee Wallace mettait en scène Ça et terrorisa un nombre incalculable de bambins innocents et naïfs qui n’avaient rien demandé. À l’image de la bête du livre, il mit en images les peurs infantiles les plus primales pour leur marquer l’esprit d’une manière indélébile. Qui étaient les vraies victimes ? Après avoir vu ce téléfilm je ne me pose plus trop la question. Entretenant un petit culte, le film est rentré rapidement dans les annales du cinéma comme bijou fantastique modeste alimentant la phobie du clown – rappelant des tonnes de souvenirs aux enfants maintenant devenus (presque) adultes. Et comme à l’image de Pennywise dans le bouquin, Ça est finalement revenu sur nos grands écrans vingt-sept ans après la première adaptation pour défoncer le box office en bonne et due forme. Mis en scène par Buschietti cette fois-ci (réalisateur de Mama il y a quelques années), il provoque un battage médiatique sans pareil. Il a rapidement été qualifié de gros succès avant même sa sortie officielle, de film d’horreur marchant le plus dans l’histoire du cinéma après seulement quelques jours à l’affiche, d’effrayant ou encore de bonne adaptation (King lui-même l’aurait dit). Je ne crois pas au hasard et avec un fond de superstition, il me fallait savoir de quoi il en retournait… si le retour du Clown Dansant était si providentiel que ça. J’ai torché le bouquin avant sa sortie et j’ai enchaîné les deux adaptations l’une après l’autre. Une source donc infinie de comparaison dans mon esprit. Après ma séance de cette nouvelle vision suis-je ressorti d’une douche froide ? Je n’irais pas jusque là. Mais j’ai été bien déçu. Il faut tout simplement fermer les yeux sur le bouquin. Mon Dieu Stephen où avais-tu la tête pour dire que c’en était une de bonne adaptation ? Dans une valise pleine de billets ?…ah autant pour moi, je comprends mieux. La première adaptation surpasse tellement cette nouvelle relecture, que l’on se doit de lui redonner ses lettres de noblesses – aussi modestes soit-elles.

« Welcome to Derry »

it-movie-posterSuivant une trame très proche du bouquin, le téléfilm brille par sa fidélité. Alors que sa nouvelle adaptation reste très libre, prend des raccourcis et facilite grandement le traitement et la relation des personnages (aussi bien dans leurs caractères que dans les traits les spécifiant), cette première adaptation de Tommy Lee Wallace laisse beaucoup de place à ce qui faisait l’âme du livre. Les personnages sont gardés en grandes parties avec leurs petits tics les caractérisants, les petits gimmicks de fun et ce qui te marquait dans le livre. Rien que le fait de garder les « punchlines » et dialogues iconiques du bouquin nous laisse un agréable goût dans la bouche. –  » beep beep richie  » /  » Meule de Foin  » – Vous l’aurez compris, avec cette adaptation TV il n’y a aucune peur à avoir. On remarque un manque de budget certain, un rythme saccadé, presque clipesque avec certaines scènes mises bout à bout. MAIS on remarque surtout que ce qui fait la grande force de ces trois heures de téléfilm c’est que tout y est. La construction de la narration en vie adulte parsemée de flashblacks pour reconstituer les morceaux de la vie enfantine, la complexité des personnages, chaque trait les rendant uniques ou encore l’ambiance de Derry des années 50 et 80. Cette atmosphère inquiétante est là. Les gens, les rues, cette grisaille et cet air étouffant (partout où il y a le crime, il y a témoin qui laisse faire sans bouger le petit doigt). Tout y est.
On retrouve ce club des loosers ratés au possible, rassemblés légèrement par défaut devenant les meilleurs amis du monde. Seuls ils ne faisaient rien, mais ensemble ils se découvrent une force telle qu’ils peuvent se battre contre le mal. Un mal personnifié en Pennywise, tuant, découpant, machouillant tout ce qu’il trouve…et traquant chaque héros ; ce qui nous donne une bonne occasion de voir des scènes toutes plus inspirées les unes que les autres. On me dira qu’on n’a pas le droit aux mêmes qu’au bouquin ? Bien vrai mon ami, mais l’esprit est intact et un grand nombre de références sont là (qui manquent bien évidemment au nouveau) : comme le Loup Garou du sous-sol, tout droit sorti de l’esprit de Richie après avoir vu ce double feature de films d’horreurs au cinéma du coin. La complexité bien tendancieuse de la relation entre Bev’ et son père, bien plus effrayante que ces geysers de sang (unique aspect gardé dans la version 2017), est vraiment bien retranscrite elle aussi et touche là où ça fait mal ! De même avec Eddie et sa tarée de mère ultra protectrice. 117362140 (1).jpgChaque personnage est plus fouillé et plus crédible. De véritables parias prêts à se battre contre le mal ; et non de « faux loosers » capables de tout et n’importe quoi comme la nouvelle adaptation le laisse à suggérer. Il y a de légers changements dans le fond et la forme des personnages, mais chaque petite transformation (qui facilite je suis sûr la mise à l’écran) est faite dans le souci du détail et dans la fidélité de l’esprit original. Aucune libre adaptation ou  aucun raccourci facile et fait à la va-vite pour torcher le film afin qu’il cartonne au box office. C’est fait avec amour, et Wallace en vrai artisan d’un cinéma fou de son travail, soigne les choses malgré le budget limité. Le jeu des acteurs est parfois approximatif, mais rien n’enlève le plaisir de les voir évoluer et le réalisateur choisit surtout de souligner l’âme d’enfant qui règne dans chacun de ses héros. À contrario du film de 2017 qui veut rendre absolument plus matures, adultes et débrouillards ces gosses de 12-14 ans face au mal. Un traitement totalement inverse qui casse l’âme et l’essence même du matériel original.
En allant dans le sens du manque de budget, Wallace arrive quand même à développer des scènes inquiétantes et folles de qualités. Pas besoin de Jump Scare à l’époque, le concept n’existait même pas vraiment à proprement parler, mais il fallait soigner l’ambiance ! Durant toute la seconde partie tout est axé dessus. La scène de Richie paniqué à la bibliothèque est ultra efficace, de même avec la séquence de la réunion du Club des Loosers prêts à s’en décapsuler une dans le bureau de Mike. Il n’y a pas que dans le cochon que tout est bon (et moi-même amateur de rillettes je m’y connais). Wallace nous achève en beauté avec cette séquence finale d’un talent et d’un savoir-faire fou ! vlcsnap-2015-11-20-17h10m18s126.pngBeaucoup plus ambitieux que le récent, il nous emmène dans les profondeurs du mal à l’intérieur de décors sublimes pour un ultime face à face meurtrier. Tout ce que j’aime réuni dans une scène. Des décors magnifiques, un monstre réussi et parfaitement animé, même si de manière un peu saccadée à l’écran (rappelant le magnifique travail de Harryhausen en son temps) pour un lynchage final en bonne et due forme. Le réalisateur était plutôt timide niveau gore et effets spéciaux craspecs depuis le début, quelques dérapages par-ci par-là (Pennywise au visage aussi fondant qu’une raclette), quelques effusions de sang à droite à gauche. Mais rien de fantastique… Pas de souci les amis, il se venge et fait exploser ses instincts goreux dans cette confrontation finale. Organique, dégueulasse et parfaite tout simplement.
Pour conclure sur cette adaptation datant déjà d’il y 30 ans, c’est que tout est fait dans l’amour et la passion. Malgré une différence de budget pharaonique comparé à son petit frère (déjà chouchou du box office), il est tellement plus ambitieux. On sait que maintenant il ne faut pas prendre de risque pour ne pas perdre le moindre sou… mais dans cet esprit de Grippe-Sou on en perd l’âme même du cinéma. On peut dire ce que l’on veut sur l’adaptation de Wallace, qu’elle soit cheap, lente, saccadée au rythme bancale… elle est fidèle, parfois même ambitieuse et TOUJOURS faite dans le respect de l’œuvre originale. Quelques changements à droite à gauche, mais toujours étudiés pour aller dans le sens du récit. Si Stephen King n’est pas fier de cette adaptation, préférant les billets verts à la reconnaissance, moi je le suis doublement ! Une bien bonne adaptation, qui même si elle a ses défauts, permet de revivre le bouquin fidèlement et de retrouver les grands thèmes propres à celui-ci. L’expérience sera toujours meilleure dans le livre, mais faute de temps cette bobine en sera le parfait remède !

513263.jpgAprès vous allez me dire « Oui, tu craches sur la nouvelle adaptation. Tu n’as pas de cœur, si elle marche c’est pour une raison – Non ? » Donc oui, je crache sur la nouvelle adaptation, je l’utilise comme outil parfait de comparaison MAIS je n’ai pas pour autant totalement détesté ce nouvel opus. Ce n’est absolument pas une bonne adaptation pour moi, tellement elle préfère prendre de grosses libertés pour plaire au plus grand nombre et cartonner. Parce qu’il est question de ça, en faire un film d’horreur pouvant rivaliser avec les meilleurs et les plus grands blockbusters. En ça on peut dire que les objectifs sont remplis. Ce qui n’en fait pas un bon film pour autant. Avec ce nouveau film le lien avec le book s’arrête au ballon, à l’apparition du clown (que je trouve nettement moins réussi et beaucoup trop retouché en CGI) et à quelques idées générales bien vagues (entendre par là juste le fait d’avoir comme protagonistes un club des sept). Ce nouveau pan ne s’attardera qu’exclusivement sur la jeunesse de nos héros (perdant avec force la manière de raconter l’histoire et le récit, qui le rendait beaucoup plus immersif). Pas de quoi fouetter un chat donc. Une force du récit de King est le contexte dans lequel les histoires sont mises en scènes, et avec ÇA les années 50. Le transposer trente ans plus tard pour rentrer dans le « nouveau » moule standard amené par Stranger Things fait perdre en profondeur le film. De même pour le background et la « complexité » des personnages. Même si l’on peut dire qu’ils sont clichés dans le livre, réunissant un peu les problèmes familiaux types qui peuvent exister et ce qui peut faire un looser des années collèges, ici on repousse les limites des clichés encore plus loin rendant nos héros des « supers » héros justement… Peu réaliste et au total opposé de ce qu’ils devraient être. it_2017_2_758_426_81_s_c1Richie devient une tête à claque insupportable insolente au possible et vulgaire – alors que sous ses airs de p’tit jeune insolent se cachait un pote drôle, qui allait un peu loin parfois, mais surtout attachant et peu sûr de lui. Beverly, fille à l’origine un peu en marge des codes de la fille girly, trouvait de vrais compagnons de jeu et de vie dans sa bande, devient ici la belle gosse aux rumeurs de chaudasse qu’elle ne dément que trop rarement. Ben faisait l’office du petit gros, très intelligent et architecte avant l’heure secrètement amoureux de Bev’ – dans cette relecture on oublie le côté intelligent et stratège, on le fait carrément sûr de lui (comme tous les autres d’ailleurs) et on le fait historien de tous les problèmes survenus à Derry. Problème car l’étiquette d’historien revenait à Mike à l’origine… Mais bon on verra par la suite comment ils s’en arrangeront. Enfin bref, pour faire court : aucune fidélité ou peut-être une très très lointaine. L’abus de CGI fait aussi très défaut à cette réadaptation, laissant au clown un vieil arrière goût de 3D et de non réalisme assez marqué (toutes les scènes le mettant en action…). Malédiction du cinéma moderne quand tu nous tiens. C’est bien simple on ne peut pas y croire et ça en crée une ambiance assez aseptisée calquant sur la masse de films d’horreurs modernes. Il n’y a absolument plus d’identité propre au film… Tu confies le projet au premier venu et tu ne verras aucune différence. Uniformisation des codes et de l’image. Pour enfoncer un petit peu plus le clou, il n’y a aucune réelle ambiance inquiétante, l’inquiétude naissant juste dans le fait de sursauter à quelques moments. Marrant cinq minutes mais devenant vite un handicap…
maxresdefault.jpgAprès certaines choses sont à retenir. Malgré le manque de profondeur dans les personnages, dans l’histoire tout simplement (avec changement de background inutile comme celui de Mike) de bonnes séquences sont là. Le passage total du côté obscur de Bowers notamment avec cette scène de siphonnage du ciboulot devant notre bonne grosse TV cathodique. Bowers, et sa bande en générale, est plus calqué sur le bouquin. Bien plus violent et meurtrier que dans la vision de Wallace qui faisait passer ces délinquants pour des Bisounours. J’ai aussi trouvé agréable cette atmosphère me rappelant dans un petit coin de ma tête les grandes heures de Freddy Krueger sur grand écran. Une petite consolation pour le fan du Croquemitaine que je suis. Mais le constat n’ira pas beaucoup plus loin. J’ai passé un bon moment devant le film, mais il faut fermer les yeux sur le fait que ce soit une adaptation et ne pas être trop exigeant sur le cinéma fantastico-horreur moderne. Avec le budget pharaonique alloué au film les réalisateurs et producteurs se permettent n’importe quoi puisqu’ils peuvent s’en donner les moyens. Et c’est avec cette absence de limite qu’on en perd le but de vue et l’essence de ce qui fait le cinéma. Ayant adoré le bouquin, un peu dur d’oublier que c’est une adaptation. Je mise peu sur la suite ayant vu quelques rumeurs sur le casting (Chris Pratt, Jake Gylenhall, Joseph G. Lewitt, etc). Finira-t-il par être un superstar movie plus qu’un film de monstre ? La curiosité l’emportera peut-être, mais j’en doute.

DERRY 1990 : 1 – DERRY 2017 : 0.

Howard Bartleh

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