The Little Shop of Horrors (1960), Roger Corman

movieposterAu rayon bisserie en tout genre j’appelle le King et l’artisan le plus respecté de la discipline : Roger Corman. Roi de l’économie en matière de production cinématographique, l’ami a une réputation qui le précède largement en ayant filmé des bobines en quelques jours à peine. Toujours dans des conditions assez rudes pour les comédiens, qui ont l’air d’apprécier la torture, pour un résultat de qualité, à toutes épreuves et défiant toutes concurrences ! Des tonnes de bobines mythiques ont vu le jour sous le joug du règne Corman, dont le Death Race et son cycle sur Edgar Allan Poe pour ne citer que les plus connus. C’est aussi dans cette véritable douleur qu’il a formé nombreux réalisateurs, acteurs, compositeurs et bien plus encore en les incluant dans sa team de travail. Un véritable artisan et professeur donc qui a eu dans sa petite troupe d’élèves Coppola, Scorcese, Dante, Cameron, Horner ou encore du côté acteur De Niro, Carradine et pleins d’autres. Autant dire que l’école Roger Corman n’est pas une école de bras cassés et qu’ils sont entraînés à la dure pour le meilleur des résultats possible !
Et c’est dans cette école qu’est sorti major de promo le jeune et grand Jack Nicholson que l’on connaît bien aujourd’hui. Mais dans les années 60 pas si sûr que sa gueule d’ange soit aussi emblématique… Corman avait reniflé le bon filon et The Little Shop of Horrors marquera le début d’une collaboration de plusieurs films entre les deux gaziers (The Raven ; The Terror ; The St Valentine’s Day Massacre ; etc). Tout commença avec ce petit film, qui malgré le manque de moyen (par souci d’économie évident, on le connaît le Corman!) tient la route de manière exemplaire. Tourné en seulement deux jours (à la suite du tournage d’un de ses précédents films, Corman avait encore droit aux décors 48h… il n’hésita pas une seule seconde pour sauter sur l’occasion), The Little Shop of Horrors est un parfait exemple de ce qu’un film du Sieur doit être ! Une ambiance travaillée, une histoire assez fouillée à rebondissements mêlant horreur et humour sarcastique. On notera le soupçon de polar rendant la recette encore plus efficace. Un tout bien compact liant par le sang la bobine avec l’esprit Tales from the Crypt, totalement palpable dès les premiers instants. L’ensemble agrémenté de décors simples et d’une unité de lieu quasi permanente. Mais le traitement de l’histoire, le maniement de caméra et le rythme du film nous fera oublier bien vite cette restriction et en fera une force ! Un film qui finit par être complet et sans point noir qui arriverait à le tirer vers le bas.

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Seymour (Johnathan Haze), employé bordélique et maladroit comme personne d’un fleuriste raté, ne trouve comme seule moyen de garder son poste que de montrer au grand jour sa dernière création florale. Croisement entre plusieurs espèces, il n’arrive pas à comprendre comment elle peut se développer. Malgré son état lamentable, elle attire le regard et un début d’admiration. Mr Muschnik (Mel Welles), patron tyrannique avare et cupide, renifle les pépettes  et décide de lui donner sa chance (tel un Corman face à un Nicholson dans ses premiers balbutiements). Mais c’était sans compter que cette plante plus que manipulatrice trouvera son compte d’engrais hémoglobiniens grâce à notre Seymour servilement tueurs. C’est avec cet couche d’histoire meurtrières que la police s’en mêle et pimentera ce scénario fantastique simple et efficace. Enfin pimentera et rajoutera malencontreusement une touche humoristique quelquefois lourdingue, pas si loin d’un Benny Hill, pendant une course poursuite assez longue et poussive au vu de l’intérêt de cette dernière.

The-Little-Shop-of-Horrors-01Il n’en faut pas plus pour que ce film de monstre sadique voit le jour. Un film de monstre rempli de bonnes idées visuelles. À commencer par cette monstrueuse plante qui ne fait en aucun cas tâche dans ce décor. On sent la marionnette géante, mais à quoi bon s’en inquiéter, elle ne nous fera jamais sortir la tête hors de la bobine. Du côté des acteurs, on se régalera de la palette large (parfois médiocre il faut quand même le souligner) des performances. Tous uniques dans leurs genres, ils ont tous leur place à l’écran (outre la caissière niaise au possible et en sur-jeu totale sur toute la bande et la mamie en deuil perpétuel tellement poussive qu’on a qu’une seule envie : qu’elle rejoigne ceux qu’elle pleure tant…). Le patron Muschnik en mâle alpha radin comme jamais, ultra classieux et de mauvaise fois ! Dick Miller (vu dans Gremlins entre autre) toujours parfait : une gueule qui imprime la rétine avec une aura charismatique. Des courtes apparitions où le sourire qu’on arbore sur le visage n’est pas innocent. Et impossible que je passe à côté d’un parallèle entre DRACULA avec ce Seymour totalement en raisonnance avec Dwight « Reinfield » Frye. Un peu (beaucoup) de génie en moins évidemment, il en ressort quand même des traits communs dans le personnage qui se retrouve véritable servant et esclave du Mal. Tiraillé entre sa conscience de bon samaritain et de cette envie d’être apprécié du démon. Personnifié ici dans cette plante assoiffée mais aussi sous les ordres de ce patron tyrannique. LittleShopHorrors1960_JackNicholson6_1Nicholson, quant à lui ne fera qu’une simple apparition fortuite où il campe le rôle d’un masochiste totalement dérangé. Le constat est là : c’est déjà bien jouissif de le voir à l’écran, avec son rire possédé (normal qu’il ait été choisi pour incarner l’ennemi juré du Batman quelques vingt années plus tard) et ce jeu mesuré, exagéré mais totalement à point dans cette scène de torture (presque porn) où le plaisir dans la douleur en ferait rougir plus d’un. Presque un cénobytes avant l’heure le mecton, c’est Pinhead qui devait être content et fier du loustique. Une courte apparition, mais qui en aura marqué plus d’un. À tel point qu’il en est devenu la mascotte du film.
En addition à cette mixture on ajoute les flics, insensibles au possible, qui m’ont l’air de gros incompétents (puisqu’ils découvrent en même temps que tout le monde le poteau rose en n’ayant empêché aucun crime….chapeau bas les artistes). Mais ce n’est pas un problème car ils aident à introduire toute cette dimension roman noir caricatural à la bobine. Sous ses airs de polar sur fond de ton très comic on a le droit à un film très haut en couleurs malgré son noir et blanc efficace.

Un véritable régal des papilles visuels ! Artisan jusqu’au bout des ongles, maître du cheapement fauché et de l’astuce, Cormann se révèle être un réal’ bourré de talent et de technique. Il fera un film rempli de contraintes liées à l’argent et au temps, qui tient la marée et jouissif jusqu’au bout. L’aspect du 7ème art que j’aime par dessus tout. La magie du cinéma dans toute sa splendeur : le meilleur qui peut ressortir des limites physiques et techniques, toutes les astuces que les cinéastes peuvent trouver qui donnent un résultat plus que respectable et une âme propre au film. Pas sûr qu’avec des moyens infinis et un temps indéterminé la bobine ait respiré le même esprit et le même professionnalisme.

Howard Bartleh

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