Alien IV : Resurrection (1997), Jean-Pierre Jeunet

Alien_Resurrection_PosterAlien : pilier de la SF initiée par le grand Ridley Scott, quelques années avant son néo-noir/futuriste Blade Runner, avec lequel il enchantait autant la sphère Horrifique que Science Fiction. Vingt ans plus tard la saga aura enfantée quatre opus aussi uniques que particuliers, allant chacun de son réalisateur et de son approche personnelle donnant naissance à des débats sans fin entre fans de chaque épisode. Chacun aura son avis sur la question et son petit chouchou à défendre. Alors que le II de James Cameron prenait à contre pied l’original en y injectant une dose d’action provoquant l’overdose chez les fans hardcore du premier et que le III partait dans des sentiers peu communs et presque trop « intello’ » (le thrilleresque Fincher), ce IV volet explore le côté du plaisir pur de la SF française et me réconcilie carrément avec la qualité du mythe. Pas que je n’ai pas aimé le deuxième, au contraire je le trouvais frais et il opérait un changement de ton intéressement bourrin (avec la patte reconnaissable du Cameron → son image et son ambiance que l’on retrouve dans le premier Terminator). Mais le troisième avec son approche trop « thriller » m’avait un peu refroidit…
Ce quatrième Alien, souvent considéré comme un épisode à part du fait de sa réalisation française et de son ambiance particulière, est quand à lui juste magique. Il rentre totalement dans la mythologie de l’Alien en reprenant les codes et faits marquants des 2 premiers : c’est-à-dire une race alien horrible et dangereuse pour l’homme, que ce dernier essaye d’apprivoiser tant bien que mal au risque de détruire l’humanité. Même en connaissance de ce risque, l’Humain sombre corps et âmes dans cette lutte presque divine dans le but de surpasser la science. Pas d’éthique (pathétique dirons-nous) et aucune morale pour un soit disant progrès. Jusqu’où la fin justifie t-elle les moyens ? Un thème récurrent dans cette saga contre nature.

ALIEN_RESURRECTION-5Ce Resurrection ne fera pas défaut à ces thèmes avec cette ouverture sur le clonage humain et la renaissance de Sigourney Weaver ! Une renaissance ne la laissant que dans un rôle de personnage secondaire sur toute la première partie du film, qui verra naître cette race que l’on pensait éteinte à tout jamais. Brad « Dr Grediman » Dourif (que vous avez croisé dans les Halloween de Rob Zombie ou les Seigneurs des Anneaux de Peter Jackson), scientifique à la tête du projet, ne cherche à travers Weaver qu’à récupérer le parasite présent en elle. Suite direct de la série, ce 4e Alien reprend donc le postulat du film précédent mais l’exploite subtilement étant donné que la présence de Ripley ne sera qu’un moyen détourné de nourrir l’histoire de ce volet.
Pendant ce temps à l’autre bout de la galaxie, une sorte de dream team de mercenaires rentre de mission ; et par la même occasion en action dans le film. Pirate de l’espace à la botte de l’armée, Elgyn (Michael Wincott) ramène son équipage pour toucher son butin au cœur du chaos naissant engendré par une armée aussi incompétente que ridicule. Parce que oui, Jeunet ne sera pas tendre avec les forces armées dans son métrage et les présentera sous une image de couillons plus débiles les uns que les autres ne faisant que tout foirer et sans aucun sens professionnel ni aucune discipline. Pas un problème pour cet équipage éclectique, composé de Mr Pinon, notre Ron Perlman adoré, la brillante de classe et électrique Winona Ryder (qui aura pris du galon depuis Beetlejuice) et les membres restants, assez insignifiants il faut l’avouer, qui sauront faire face sans le moindre souci. Fuite, nique à tout ce qui passe à leur portée et un peu d’humanisme quand même pour ces héros d’un film haut en couleur qui permet de changer de regard et d’apporter une touche finale magistrale.

alien-resurrection-97-dan-h

Des anti-héros par excellence pour un anti-film de la saga. Et c’est pour ces aspects que le métrage marche autant sur moi. C’est parce qu’il exploite au maximum les idées choisies et est jusqu’au-boutiste à 200 %. J’ai toujours aimé la prise de partie et le fait de totalement les assumer. Jeunet bossant sur un Alien est un petit détail qui se voit directement avec ses idées SF purement frenchy – comme l’ouverture de porte à reconnaissance olfactive d’haleine pour n’en prendre qu’une. Ou même tout simplement l’image assez grisâtre et austère, à la fois très bande-dessinée (pas si loin de l’image de science fiction de Bilal et de son Tykho Moon ou Immortel Ad Vitam) qu’il dépeint dans cette bande spatiale. Un résultat qui respire la classe, l’originalité et avec des plans merveilleux (les plans larges dans l’immensité du vaisseau [non sans rappeler la première fois qu’on rentre dans le vaisseau alien du I]).

Une pellicule avec son équipe de anti-héros tous attachants et sauvant le monde malgré eux (des Gardiens de la Galaxie avant l’heure), ayant même le besoin de secourir tous ceux qui croiseront leur chemin : à commencer par Ripley (pourtant pas si innocente à ce qu’il paraît), le scientifique verreux et même un infecté… le cœur sur la main les amigos. Et en premier Dominique Pinon en handicapé/méchano qui sait en découdre quand il le faut, attachant et humain. Suivi de Winona Ryder marchant en duo avec ce dernier, radieuse, mystérieuse, plus intelligente qu’il n’y paraît et là pour une cause bien plus profonde que de la contrebande…Maltraitée par un Ron Perlman tight, en grande forme et dans son élément tout simplement. Une équipe complétée par un chef de bande vu comme antagoniste dans The Crow de Alex Proyas aussi classe qu’il est inutile au film (c’est-à-dire beaucoup).
Un casting éclectique de presque stars, original et laissant pour le coup beaucoup de place à la « spécificité » de chacun et à la liberté de s’exprimer. Si on n’enlève bien évidemment Sigourney Weaver de renommée mondiale grâce aux précédents opus de la saga qui reste quand même assez discrète pour le rôle qu’elle a. Même si cette nouvelle approche lui permet d’explorer des horizons nouveaux, plus instinctifs, bestiales et spontanés.
Je serai très bref sur le côté « armée » du film, les faisant passer plus pour des guignolos qu’autres choses. Petite mention pour Brad Dourif quand même, qui sera toujours plaisant derrière la caméra (même dans un état lamentable de faux prophète génie scientifique).

callNiveau casting, on voit donc qu’il sait s’entourer, mais Jeunet sait aussi tenir une caméra et c’est évidemment pour ça qu’il a été choisi. Il nous récompensera de séquences vraiment inventives et classes au possible, dont cette course poursuite aquatique entre Xenomorphes et la clique héroïque en fuite – plus qu’éprouvante pour les acteurs (Wynona Ryder raconta suite au film qu’elle avait la phobie de l’eau, mais a tenu à jouer la scène par souci de réalisme…investie jusqu’au bout !). Une scène démente, respiration (presque) retenue toute du long, à l’image impeccable, aux effets spéciaux irréprochables et au rendu dingue. Petit focus aussi sur la scène la plus marquante du film où Ripley apprend l’existence de ses camarades clones tous plus ratés les uns que les autres… séquence où elle est confrontée au plus abominable de tous, mi-humaine/mi-alien ne voulant qu’être libéré par la mort. Chose que Ripley exécutera dans la douleur la plus déchirante. Une scène dans le calme absolu, d’une violence et d’une émotion imposante avec un travail de réalisation et de make-up à la pointe. Un sans faute pour moi.
Le film réunit une dose incalculable d’ingrédients qui l’élève sans qu’il ne puisse redescendre une seule seconde. J’en passe beaucoup dans cet article, n’ayant pas le temps de tout passer en revu (les scènes de baston, les mise à morts craspecs et graphiques et même les questions que tout le film peut poser) mais j’ai choisi ce qui m’a le plus sauter aux yeux durant le visionnage pour accentuer le fait qui m’importe le plus : c’est juste un putain de bon film. Beaucoup le renient, le trouvent trop « à part », inexploitable dans la continuité des Aliens. Alors qu’Il est juste parfait, mélangeant les codes, inversant des schémas classiques « d’armée salvatrice » (tout en rentrant dans un moule très commun d’anti-héros je suis d’accord) pour des partis pris de réalisations bien français et inspirés. Des plans dingues, une patte graphique marquante pour le plus « Bad Taste » des Aliens (mort du dernier xenomorphe qu’on jugerait toute droit sorti d’une séquence du film Néo Zélandais). Je ne dis pas que c’est le meilleur de la série, je n’ai pas cette prétention, mais c’est celui que je sors le plus plus souvent et c’est de loin celui que je préfère… Grâce notamment à Ron Perlman. L’un des rares acteurs de cette génération du cinéma, qui même s’il n’apparaît que dans quelques séquences à l’écran apporte un point non-négligeable à la qualité du film. Il fait parti de cette race d’acteur qui marque. Je parlais le mois dernier de Udo Kier en le faisant rentrer dans la catégorie de ce genre de faciès qui va te faire tiquer. Mais Ron Perlman pousse le vice plus loin, avec lui on perd toute objectivité et la qualité du métrage s’en voit totalement bouleversée.

alien_resurrection_07_storLe film est donc bon, c’est indéniable, mais Ron Perlman est encore meilleur et c’est un excellent moyen pour l’acteur de s’exprimer au plus haut de son potentiel. L’un des rares qui, même en tant que second rôle, détrône la vedette à quiconque apparaît à l’écran. Tu peux passer d’une séquence forte en émotion d’une Ripley au fond du gouffre se rendant compte de ce qu’elle est (le fruit de la science le plus abjecte et horrible), à un retour sur image d’un Ron Perlman respirant le charisme par tous les pores de sa peau n’ayant besoin que d’une seule réplique « What’s the big deal man ? A fucking waste of amo…must be a chick thing » pour remettre les pendules à l’heure. Et c’est vrai pour toutes ses apparitions. Qu’il soit un chien insupportable, machiste au possible envers les femmes ou voulant asseoir sa testostérone à la vue de tous, il a ce je-ne-sais-quoi qui provoque la fascination. Le seule mec qui, après une fusillade déjà dingue, peut garder toute sa classe en se chiant dessus devant une ridicule d’araignée (ne vous inquiétez pas il reprend vite fait le dessus à coup de shotgun dans la tronche – faut pas déconner quand même). alien-resurrection-jean-pierre-jeunet-blu-ray-13Une gueule cassée immanquable avec un jeu agressif et naturel en mâle alpha. Le genre d’acteur jouant de l’auto-dérision comme il joue du couteau, avec cette moquerie de son rôle de singe dans la Guerre du Feu (où il jouait à cause/grâce à son faciès si particulier). Mais qu’importe, c’est avec ce détachement de la pression, ce sérieux et cette implication qu’il a dans ses rôles qu’il décroche la palme d’un des acteurs les plus fascinants et puissants de la planète. Il a ce talent, que peu d’acteurs ont, d’éclipser tout le monde du champ pour n’être que le personnage principal de ses plans (et ouais, même ceux où il est au fond, flouté par la distance). Un acteur qui n’a pas toujours eu les beaux rôles, en témoigne ce Johnner antipathique, mais qui a su les tirer vers le haut et nous marquer avec. Au final Ron, au-delà de toute l’admiration que je lui porte, sera dans ces films où il ne jouera que le second couteau (Blade II, Alien IV, Sons of Anarchy) le plus attachant des antipathiques. Et le meilleur tout simplement…

Howard Bartleh

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s