Mark Lanegan – Blues Funeral (2012)

maxresdefaultTenant plus du Tom Waits que du Ron Perlman, Lanegan aura quand même sa place ce mois-ci. Pas qu’on ne le voulait pas bien sûr, mais il n’aura retenu que la seconde position sur le podium des sosies de l’acteur… Il mérite tout de même ces quelques lignes.
Plus sérieux, moins cartoon-glauque-grotesque, j’ai quand même toujours pris Mark Lanegan comme un Tom Waits des « temps modernes ». Il embrasse cette même aura de poète et d’artiste en marge, mystérieux et énigmatique. Partageant le timbre de voix particulier (moins tiraillé pour Mark mais plus caverneux), Lanegan aura un parcours moins tranché mais plus éclectique. Ayant fait ses armes dans le rock-« grunge » en tant que leader des Screamings Trees, il passera furtivement dans les différentes productions du combo Queens of the Stone Age et fera une flopée de contributions diverses (Soulsavers en tant que chanteur des trois premiers albums, apparitions chez Steve Fisk, Unkle, Mondo Generator ou même Moby) tout en maintenant en parallèle une carrière solo titanesque de titres et de qualité. Ne le connaissant peu pour les Screaming Trees et jugeant peu intéressante la carrière des Reines de l’âge de pierre, un focus sur sa carrière solo était obligatoire. La face sombre, mélancolique et dark du poète. Une atmosphère ténébreuse pleine de mélancolie sans tomber dans le mélo gnangnan et culcul. Non, avec Lanegan ça respire, ça suinte et ça pue la classe par tous les pores ! Et plus il vieillit plus cet adage prend tout son sens. Un grand sage, calme, composant de la musique pour le plaisir, enchaînant les sorties au rythme de ses envies. Vingt-deux ans après le début de sa carrière solo, Lanegan surprend toujours et sort Blues Funeral. bluesUn titre qui signe la fin d’une époque ? Plutôt une réappropriation des codes. Chanter à la gloire du Blues, mort dans le conscient collectif, mais célébré et renaissant avec cet album. Un blues caverneux et sombre dont le chanteur est bien familier. Au programme donc : un album d’un éclectisme fou. Un blues électrisant (« The Gravedigger Song ») aux claviers distordus, lorgnant même parfois vers une new-wave ténébreuse (« Ode to Sad Disco »). Des chansons appartenant toujours au même répertoire mais variant l’une avec l’autre. C’est surprenant oui, mais la voix de Lanegan sera le liant pour toutes ces variations. Certains le trouveront trop léger je pense, avec des plages trop en dessous de ce qu’il a pu faire, voir trop simples. Mais cet album est bien plus profond qu’il n’y paraît. Il faut parfois essayer de voir plus loin que le matériel brut et comprendre qu’il y a un but plus noble que la simple sortie d’un album. Je le trouve personnel et comme une lettre ouverte à son attachement au genre. Les funérailles du blues ne sont qu’une excuse pour en parcourir chaque recoin, que ça soit les plus couillues (« Gravedigger Song », « Riot in my House ») ou les plus calmes (là où je le préfère et de loin). « Muddy Water », hommage à peine déguisé du grand Muddy Waters où il déclame son amour et l’influence que le bluesman a pu avoir (« you are the master ») ; ou encore « Gray goes Black » qui est une belle preuve du talent de Lanegan. Ultra efficace, presque aux allures de single, il ne lui suffit que d’une boucle pour briller. Une chanson simple mais profonde qui me fera toujours autant d’effet avec un chant ténébreux et accrocheur qui te hante aux arrangements discrètement puissants. Ça oui Lanegan n’est pas là pour se dorer la pilule ou te faire une démonstration d’équilibriste, il est là pour des choses bien plus sérieuses comme te faire vibrer la cage thoracique une nouvelle fois et te montrer que la musique n’est pas morte malgré son statut bien décrépit de ce 21ème siècle. Ce sont toujours ces musiciens de l’ombre « oubliés » qui te rappelleront ce qu’est la musique. Un peu de reconnaissance pour ces vrais artistes !

Enfin bref, je m’égare encore une fois…

mark-lanegan_blues-funeral-2C’est un album touchant au blues mais au contraire de ce dernier on remarque que la guitare n’est pas tant mis en avant, préférant les lourdes basses et les claviers. Même sur la « Riot in my House » qui, malgré ses solos de guitares, sera bien pesante. Un parti pris que je défendrais toujours, misant plus sur l’ambiance que la technique. Force et puissance dans la volonté, le concept et l’esprit. Parfois on peut être perdu dans ce côté « electronic » qu’il tend à donner à ses compos, mais pas de panique…respire un coup et ne va pas chercher trop loin. Ce n’est que de courte durée et finalement appréciable. Le gars l’utilise avec parcimonie et de manière décontractée.
C’est le genre d’album où tu sens que tout est à sa place, que ça n’aurait pu être autrement. J’ai testé l’écoute d’une version acoustique de « Gray Goes Black » par exemple…mais y a rien à faire, moi qui d’habitude est un fana de version acoustique, rajoutant un côté plus tragique (mon côté dépressif refoulé), là ça ne marche pas. Ce n’est pas nul mais ça perd tellement en profondeur… En résumé, on aime ou on n’aime pas l’album, mais il est parfait dans son sens premier. Il a tout ce qu’il faut, toutes les qualités et aucun défaut à proprement parler.

La morale de ces quelques lignes c’est que j’aime Lanegan tout simplement. Un homme qui vit par passion et fait ses choses dans son coin. J’ai toujours admiré ce genre de personne, bien plus intéressante que des personnalités comme Josh Homme – toujours au devant de la scène, ébloui par les projo’ qui lui ont fait perdre un peu de vue la marche à suivre pour faire de bons albums au détriment d’une belle coupe. Lui, acteur de l’ombre, me surprendra et fascinera toujours. Et c’est bien parce que j’apprécie l’homme que j’apprécie son œuvre, le contraire marche très très rarement… il faut toujours que je me plonge dans la vie de l’artiste, comprenne ce qu’il fait et valide un minimum sa ligne directrice. Et avec Lanegan c’est forcément validé comme vous l’aurez compris. Et il partage un côté qui peut faire penser à Ron Perlman au fond, lui qui est boudé des grosses productions hollywoodiennes (malgré son désir d’être une star de ce cinéma populaire), qui joue dans son coin et s’en sort honorablement avec une classe sans pareille.

Niveau des thèmes abordés, le loustic n’est pas des plus joyeux. Ça varie entre hommage d’un temps passé qu’il admire, avec toute la déprime de vivre de l’artiste en général. Des aspects contestataire et plaintif d’un blues classique, mais beaucoup plus fataliste pour le coup. Mais sans jamais tomber dans la parodie, le kitch ou la victimisation facile (digne d’un émo). Une souffrance mentale déteignant sur la musique. Un album qui ressemble à un moyen de mettre de l’ordre dans un chaos ambiant du quotidien. C’est inconsciemment touchant et très torturé. Encore les paroles d’un poète qui sera vu dans quelques centaines d’années comme un Rimbaud du XXIème siècle. Une personnalité fascinante que ce Mark Lanegan… On n’en a pas fini, c’est moi qui vous le dit.

Howard Bartleh

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