Tom Waits – Franks Wild Years (1987)

Il est de ces hommes qui fascinent… Par un monde. Par une voix. Par la force de composition, le génie ou l’intellect. Et outre le fait qu’il soit le portrait craché du Perlman, Tom Waits est tout ça à la fois. Après avoir commencé à la fin des années 70 dans un style jazz/piano bar crooner romantico-classique, il dévie sur une carrière plus inspirée et farfelue reconnaissable entre mille grâce à sa voix vieillie par l’alcool et le cigare à répétition. L’a-t-il vraiment eu comme ça ? À vrai dire je m’en fous. Ce qui me frappe c’est ce statut énigmatique quasi légendaire que cet artiste a réussi à acquérir de son vivant. Une source d’inspiration sans faille et un modèle de qualité imparable. Aussi bon (voir meilleur) interprète qu’il est auteur, il parcourut aussi les sentiers du cinéma (Dracula de chez Coppola en 1992), où il brilla d’une aura similaire que dans la musique, ainsi que dans le monde de la photographie. Une carrière mystique, particulière et marquante.

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TomWaits_FranksWildYears_1328731962Malgré une discographie importante et de qualité, c’est dans les années 80 que le Sieur Waits me fascinera le plus et surtout avec son album Franks Wild Years. Véritable apogée de son art, c’est l’album parfait pour dresser un semblant de synthèse de son style si particulier. À mi-chemin entre un cirque absurde, un jazz presque dissonant et un génie de conteur d’histoire, il présentera son album comme un opéra concept (la musique servant aussi de bande son pour une pièce de théâtre du même nom). Un artiste à la croisée des genres et des mondes, alliant la musique, le théâtre et même la télévision avec la chanson « Way down in a hole » qui servira de thème emblématique de la série signé chez HBO The Wire (où jouait d’ailleurs Idris Elba dans son rôle le plus impressionnant…comme quoi le monde est petit!). C’est là où Tom Waits me frappa pour la première fois en plein dans le ciboulot .
Véritable coup de force, cet album est parfait de A à Z : dans un style jazz minimaliste il explore tous les affres émotionnels du cerveau humain, jouant avec nos réactions et sentiments. Après un début énigmatique aux sons d’accordéon, de trompettes et de clochettes, de mélopée de foire-aux-monstres/cirque ambulant de gitan (base même de l’album comme fil conducteur), il nous dressera des mouvements impressionnants de personnification, cinématographiques et complets. Premier temps « Temptation » : voix déchirée, violoncelle grinçant et rythme inquiétant presque sabbathien. La folie du génie à l’œuvre. Le Deuxième temps est « Yesterday is here » : le calme après la tempête, la confession d’un homme le cœur lourd sur une mélodie apaisée. Magnifiquement orchestré, tout en minimalisme absolu avec ces chœurs en retrait mais puissants. Troisième temps avec « Way Down in a Hole » : un rythme et une fausse retenue parfaite (un solo de guitare fou et diablement tout en doigté), une étendue vocale unique pour une ligne parfaite. Une voix traitée comme un instrument à part entière qui ne peut vous faire que bouger la croupe… Rien à dire de plus, la meilleure chanson du répertoire de l’artiste qui soit et accessoirement la chanson mythique de la meilleure série du monde The Wire. L’un des seuls génériques que j’ai toujours laissé défiler jusqu’au bout pour le plaisir de l’écoute. Quatrième temps « Train Song » : le retour à la maison providentiel après tant d’aventures. Le home sweet home teinté d’une nostalgie et d’une certaine mélancolie, le visage appuyé sur cette vitre de train. Un sentiment unique bien retranscrit que j’ai vécu à 100 % avant la conclusion que l’on entend au loin…
2703915439_633bc65388Une vraie histoire qui se déroule sous nos oreilles et dans nos songes. Frank Wild Years est le genre d’album totalement immersif, qui t’empêche de faire quoique ce soit en l’écoutant. Tel un film tu es focalisé dessus et suis avec attention le déroulement de cette fable. Une fable moderne contée dans un bar jazz enfumé avec la folie d’un David Lynch en plus. Tom Waits réunit tous les héritages que le jazz et le blues afro américain peuvent proposer, et les malaxe en y ajoutant toute la folie de son esprit, ses influences vaudevillesques et grotesques pour en ressortir un univers extravagant et représentatif de sa personne et créer un style unique très poétique, lumineux et fabuleux. Il joue du TOM WAITS et le jouera jusqu’à la fin de ses jours. Tu as l’impression qu’il part dans tous les sens et qu’il ne contrôle rien… et pourtant tout est structuré et maîtrisé. C’est en écoutant ce genre d’album que je m’émerveille de la musique. Dur de me dire que ça puisse sortir d’un seul esprit tellement des idées pareilles m’échappent. C’est ce qui fait la beauté et le statut mythique que j’admirerai toujours du compositeur et de la musique en général.

Très organique et chaud, le son et la production sont à la hauteur de la composition de l’album. Rien n’est oublié pour un de ces albums que tu ne peux dénigrer. Un de ces albums que tu ne peux jamais totalement digérer… Même en cherchant au plus profond et en te mentant à toi même tu ne peux pas le détester et il y aura toujours quelque chose à découvrir. Tu ne peux que reconnaître sa qualité et son statut…Culte, il n’y a pas d’autre mot.

Howard Bartleh

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