Crimewave (1985), Sam Raimi

03Grâce au fort succès de son premier long-métrage Evil Dead, l’équipe Raimi s’attela quelques années après sur son deuxième long : Mort sur le Grill. Les frères Coen à l’écriture, Robert Tapert, Raimi et Bruce Campbell à la production = une équipe sensée gagner. Crimewave, malgré ses défauts, réunit tous les ingrédients qui font le succès de Sam Raimi : le ton acide mêlé à un humour cartoon, une réalisation nerveuse et osée avec un côté outsider/je-m’en-foutiste de l’Hollywood prononcé. Mais ce gloubigoulba d’atouts et ce côté outsider beaucoup trop assumé poussa le délire bien trop loin pour que le film soit retenu dans les annales du cinéma. Mouliné, haché et étouffé dans l’oubli, seuls les fans du gazier l’auront subi.
Je ne dirais pas que je fais parti de ces fans hardcores : j’ai plus qu’adoré son Darkman et sa trilogie Evil Dead, beaucoup apprécié ses Spider-Man (même le 3 qui a quand même de très bons points) et j’ai trouvé sympa son retour au monde de l’horreur Jusqu’en Enfer. Mais je suis loin d’avoir des posters du mec torse nu sur mes murs. Je n’étais donc pas forcément à la recherche de son second film mais en ces périodes de fêtes, de légèreté et d’innocence je me suis laissé emporter. Pour si peu cher on n’en est pas au point de se couper un membre, et je ne vous parle pas de celui entre les jambes. Alors pourquoi se priver ? Et j’ai eu raison car, même s’il n’est pas un bon film à proprement parlé, il correspond tout à fait à l’image que je me faisais d’un film de Noël… étant gosse. En outre même si je n’ai pas passé le meilleur moment cinéma de l’année il m’a fait (re)vivre deux-trois petits frissons des bobines que je voulais à cet âge là.

Bon comme on l’a compris, on est bien loin des Goonies, Willow ou autres Addams Family et Casper remplis de magie de ces fins d’années. Le film est ultra glissant et malgré toutes les bonnes volontés de l’équipe rien n’arrêtera la chute. Amortir oui, ralentir oui, mais la chute est belle et bien là. On a entre les mains une sorte de Space Jam ou Roger Rabbit personnel du Raimi. C’est louable dans le fond, mais le film part beaucoup trop dans tous les sens pour vraiment être intéressant. Un comble pour le genre cartoon-movie… Le pitch de base est bien basique : un homme lambda, maladroit au possible, tombe éperdument amoureux d’une femme parfaite en tous points. Dans sa tentative de la conquérir, il lutte tant bien que mal contre le machisme et la gaffe avec de vraies valeurs (mais surtout de la maladresse à en faire rougir l’homme peu à l’aise que nous avons tous été sur les bancs du lycée). Plan simple si ce n’est sans compter sur des meurtres en série qui arrivent dans le voisinage.

giphy

Outre l’apparition de Bruce Campbell bien sympathique (qui aurait dû jouer le héros mais renvoyé au placard par les studios qui voulaient une plus grande star), et l’un des deux malfrats (celui au visage le plus fin… à la tête de rat oui !) totalement à sa place dans cette bande cartoon, le reste de la troupe d’acteur ne brillera que très peu. Et ce n’est pas l’actrice Sheree J. Wilson (vu dans Walker Texas Ranger) qui sauvera le casting. Mais mettons de coté tout ça pour nous pencher un peu plus sur le film.

Le cinéma de Sam Raimi est très reconnaissable, que ce soit dans ses Evil Dead (surtout depuis le II), ses Spider-man, Darkman et autres. Mais tout ce talent et ce savoir faire sont bien nés à un moment donné. Ne cherchez plus, c’est avec ce film que tout commença. La naissance de ce style à la caméra nerveuse, surtout inventive et au découpage abrupte. Et c’est le gros (seul?) point positif. Toutes les scènes d’actions sont vraiment bien réalisées : que ce soit la course poursuite sur l’autoroute à l’écran bien visible en fond tellement jouissive ou encore la poursuite de la donzelle par les malfrats dans les rues de New York (non sans rappeler une ambiance slasher !), tout est objectivement bien fait et rythmé. Et plus que bien fait, ça pue la classe : les couleurs et les décors sont magnifiques. On se croirait dans un rêve du grand brûlé avec ce rouge et ce bleu dans le lointain. Bon, le Krueger n’était pas dispo’, on se tapera donc ces deux gros lourdeaux…mais qu’importe : les lieux sont fantamasgoriquement sublimes. On retrouve tout ce qui peut faire un bon film dans la construction physique, les décors et le style. Alors comment a t’il fait pour se planter à ce point ?
hqdefaultL’absence réelle de but, excepté de conquérir une dame, dynamitée par le ton du film… le ton très très cartoonesque beaucoup trop poussif et trop lourd… des gags encore plus lourdingues et téléphonés et une direction d’acteurs en parfaite échos au reste… C’est-à-dire beaucoup trop poussive pour être crédible. Parfois il ne faut pas en faire trop, et ce qui fait le génie de Raimi dans la suite de sa carrière lui pète au visage dans ce coup d’essai. Même Bruce Campbell, qui est d’habitude cool, est d’un ennui total… Tu transformes le tout en dessin animé Tex Avery Style cela marcherait sans doute. Mais ces bruits tout droit sortis des VHS d’un Raimi enfant accro aux dessins-animés n’arrangent rien. Et pour une pelloche de cet acabit, l’histoire est bien trop simple pour rendre le tout intéressant. Pas que ce soit gênant à la base. Des films sans histoires profondes et fouillées ont connu des sorts plus envieux, par une réalisation solide, des acteurs convaincants et la mesure qu’il faut pour que ce soit bon (Teenwolf dans un autre registre ou même The Mask qui ne pousse pas le bouchon énormément plus loin niveau scénar’ même si c’est la catégorie au dessus niveau budget et possibilités). Mais celui là non.
Le film, en plus d’être lourd, ne prend jamais le temps de respirer… ça ne s’arrête jamais et c’est toujours dans la surenchère. À tel point qu’à un moment donné j’ai dû faire une pause de visionnage pour souffler un peu.

Crimewave+cast+line+upAu final, comme je l’ai dis précédemment, il exploitera beaucoup trop cette dimension cartoon jusqu’à la rendre invivable et indigeste. D’autres l’avaient fait avant, mais avec un rythme plus mesuré donnant un aspect juste haut en couleur, comme le Batman de 66. La mesure Sam…La mesure ! Bref, on arrête ici le bashing parce qu’il y a quand même des choses à sauver. Et même s’il est bien bancal j’en garde un « bon souvenir » en y repensant. Le genre de souvenir coloré qui, même si tu sais que le film n’était pas génial du tout, te fait sourire. Il a laissé une petite marque quoi.
Le film n’aura comme intérêt moderne que le fait d’être un témoignage et manifeste de la technique naissante d’un jeune Sam Raimi. Un fourre-tout exemple de l’ampleur de talent que le jeune cinéaste avait dans sa mise en scène, dans son bricolage parfait des contraintes (écrans divers utilisés avec brio, décors de studio magnifiques et convaincants) et dans le montage. La construction du métrage est aussi assez intéressante, l’action se déroulant en flashback du héros racontant toute l’histoire sur la chaise électrique (on est loin du spoil les gars/les filles vous apprendrez ça dans la minute après le générique). Et on a le droit à des décors magnifiques encore une fois ! Je suis un gros fan de ces décors studios, tu remarques directement que ce n’est pas vrai pour un sou mais ils t’emmènent sans attendre dans l’action et te font rêver. Mais je suis trop vieux pour ces conneries. Plus jeune, beaucoup plus transigeant, ce Crimewave passerait sans doute tout seul et ferait même rire dans sa lourdeur Tom & Jerryesque.

Ça marche bien bancalement maintenant… Une sorte de Roger Rabbit sous acide, presque horrifique qui n’en montre pas trop dans le « gore » (un seul maquillage où l’enfant de six ans détournerait les yeux), qui m’aurait donné ma dose de frissons pour la fin d’année ! Mais coloré et poussif pour un adulte difficilement satisfait.
Le film sera un fiasco total, pointé du doigt par tout le monde et aurait pu mettre un terme à la carrière du Raimi avant même qu’elle n’aie vraiment commencé… mais heureusement que son premier essai était un véritable coup de force. Les studios lui donneront une chance de se rattraper grâce à la fausse suite de son Evil Dead… C’était à peu de chose.

Howard Bartleh

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2 réflexions au sujet de « Crimewave (1985), Sam Raimi »

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