Cyclamen – Evolving in a Rotten World (2018) + Les Mémoires (2013)

a4018592219_10Chose promise il y a bien des mois, chose due. Je déteste ne pas tenir mes engagements et ce que je peux dire. Un de mes principes, et pourtant il arrive que ça passe à travers les mailles du filet. Honte à moi, tout ce que vous voulez, jetez moi des parpaings je n’en ai que faire, j’encaisse bien ! Mais pour l’occasion j’ai décidé de mettre le paquet. Donc voilà un petit focus sur mes amis locaux Manceaux de Cyclamen. Le Mans, la ville où il ne se passe plus rien depuis des années. En fouillant dans mes tiroirs, ça m’a fait rire de voir qu’à l’époque j’avais quand même vu les grands Suicidal Tendencies, les Svinkels, les moins cools Nada Surf, Lofofora voir même Deep Purple. Drôle aussi de se dire que j’entends depuis des années les grands groupes qui étaient venus dans le coin… déjà par mon père se vantant d’avoir vu Scorpions, ce qui n’est pas rien, ensuite mon frère qui a vu dans un désordre fou : Archive, Slipknot avec le Fury Fest et moult d’autres groupes. Maintenant on est plus à se taper les bouffons Grims, Booba et autres BB Brunes à répétition et se frotter pour mieux… depuis le temps j’en verrais presque le blanc de l’os. Mais on ne perd pas espoir, un petit sursaut soudain naît depuis un an/un ans et demi. Période où j’ai pu voir Loudblast, Nostromo, Regarde les Hommes Tomber et Frustration tout ça en quelques mois…et où j’ai raté Zombie Zombie et où passait dans le même festoch JC Satan, Jessica 93 ou encore RONE et même récemment une Ed Banger Party honoré par la présence de Busy P lui-même (mais si, Ed Bangers : le label des Justice, tenu par l’ancien manager des Daft Punk…pas un demi-manche dans l’electro le mec). Attention, dit comme ça on se croirait même dans une zone de passage obligé et que Le Mans vaut le détour. Et c’est sans parler des prochains Jamiroquai qui illumineront nos 24h cette année (qui suivent après la visite l’an dernier de Jason Statham, Jackie Chan, Brad Pitt et Keanu Reeves dans nos rues les amigos!). Mais je vous rassure, ça reste très rare dans les environs. Je croise les doigts pour la suite, mais pas sûr que ça serve.

Pour recentrer la discussion la ville est un désert, un no man’s land créatif. Il y a bien eu des groupes arpentant nos environs tels que Nous Danserons sur Vos Ruines ou Last Exit to Brooklyn… mais à jamais éteints et rien ne m’a fait ne serait-ce que lever les yeux ces dernières années. Un vide interstellaire… qui me met la rage putain. Pourquoi il y aurait des bons groupes partout ailleurs sauf ici. Pourquoi on se tape les pseudos rockeurs/popeux avec un melon d’enfer qui ne se sentent plus pisser depuis qu’ils ont fait tomber une petite culotte de collégienne. Les gars vous êtes loin du stade de France, même si vous en rêvez et que vous mouillez le calebard toutes les nuits en rêvant de ça !
Cette hargne et frustration du rien créatif n’a fait que grandir, a fini par naître et pourrait se personnifier en un seul combo et ce depuis les années 2013. CYCLAMEN. 100 % manceaux, trois petits gars représentant d’un sentiment maintenant nouveau en moi. Presque l’orée d’une digne fierté de venir d’ici. Ça ne sera bientôt plus avec honte qu’on pourra dire qu’on vient du Mans, mais avec l’envie de rajouter « la ville d’où vient Cyclamen ». Respect suivra ces quelques mots.

10009747_1480425652172168_8387784599131827319_nNé en trio avec une sainte trinité d’ep (Les Mémoires en 2013, NOIRE en 2015 et La Conformité en 2016), le band a récemment muté en quatuor pour la sortie d’un split et de leur premier long Evolving in a Rotten World qu’on raccourcira par ROTTEN. Les gars ont clairement pris leur temps, mais ne dit on pas « tout vient à point nommé à qui sait attendre » ? Ils ont su à travers leurs Eps et les cinq années qui ont suivi leur naissance affûter leur son et affiner leurs ambiances pour un résultat des plus prenants. Comme d’habitude avec les gaziers, le tout est do it yourself. Un esprit cher à la bande qui se traduit par des packagings toujours imaginatifs, fait maison et surprenants. Le plus beau restera pour moi leur premier

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Les Mémoires

Les Mémoires en mode dépliant-emboité cartonné avec une illustration tampon magnifique. La première édition du skeud s’accompagnait même d’une photo argentique unique des années 50 illustrant à la perfection « Les Mémoires » justement. L’illustration parlons-en d’ailleurs, toujours un élément central et soigné pour chaque sortie. Après les cyclamens (normal dirons-nous), le côté bouffonne du roi glauque de NOIRE cachant une dualité dans chaque être humain et la femme au bûcher de LA CONFORMITE, les gars surprennent avec ce félin toiletteur de fions. Allez-y souriez, mais à aucun moment ça ne prête à rire. Car la direction artistique est toujours fine et faite pour rentrer dans l’ambiance du combo. Une ambiance sombre, très littéraire justement et très noire. Noire dans le traitement, le pessimisme et la mélancolie. Résultat : une illustration fine et poétique. À l’image de leur son au final. Au croisement des genres, les gars évoluent dans un style emo-punk hardcore tirant sur la corde sensible. Il n’y a pas de doute, les gars ont écouté toutes lumières éteintes-bougies allumées du Envy à longueur d’hiver. Influence majeure qui se ressent dès la première track, mais qui n’écrase pas leur son et ne leur met aucun bâton dans les roues. Ils arrivent à innover et créer leur propre son déchirant rempli d’émotion. C’est progressif comme il faut, c’est violent comme il faut, encore plus que d’accoutumé sur l’album, et mélodique à souhait. Le tout assez subtile pour atteindre ce résultat sans aucune saturation, non aucune. Sans oublier une certaine marque de fabrique générale, cette dissonance ma foi bienvenue qui va te faire réfléchir à deux fois avant de changer de piste !
On sera même étonné d’entendre quelques sonorités pouvant rappeler Mutiny on the bounty ou même Battles dans le côté déconstruction. Gênant ? Au contraire, à la limite du groove mélancolique ça te surprendra. Avec cet album, l’équipe met la barre haute et tape vraiment fort en se tournant vers un style plus rentre-dedans et moins…contemplatif si je peux dire. Une volonté du combo qui a décidé de capter toute notre attention. Et c’est réussi. La galette atteint presque les 50 minutes, mais paraît aussi longue qu’un de leurs eps. Et pour montrer qu’ils n’ont aucune limite, ils se paieront même le luxe, oui oui un luxe dans ce style que je jugerais d’habitude de très fermé, d’avoir un featuring du rappeur locale Monsieur Sai sur une de leur chanson. Surprenant au premier abord, j’avoue que ce n’est pas la piste que je préfère loin de là, mais on ne peut pas nier la qualité qui s’en dégage.

a4018592219_10Listen : Cyclamen – I tried at least

Un premier album fait dans un bois noble, traité avec amour et né dans le plus beau des cocons musicaux : la frustration, la révolte, la rage et la hargne. Un album rempli de promesses tenues qui me parlent jusqu’au bout de mes hérissements de poils. Depuis les débuts, et leur sublime Mémoires, je sentais que ça irait loin. Pour la petite histoire, ayant quelques contacts avec le batteur il m’a tanné des mois et des mois pour que j’écoute le band dans ses balbutiements. Que je teste quoi. Gros con que j’étais, plus on me forçait moins je le faisais à cette époque… surtout que le Wild au chant entonne ses mélodies en français sur les trois Eps. Rien que d’y penser j’avais les dents qui crissaient. Grossière erreur comme dirait l’autre. Failli passer à côté de quelque chose. Parce que même si ils viennent de ma petite city que je dénigrerais sans doute toute ma vie, ils ont vraiment quelque chose et ils ne palissent pas dans ma discothèque au côté de Envy et autres Neurosis. Je dirais même que leur location importe peu, j’écoute le combo sans même penser qu’ils viennent de chez moi et ce n’est pas la raison qui me pousse à mettre Rotten en repeat. Et ça les amis c’est un beau compliment.

Howard Bartleh

Cyclamen – Les Mémoires (2013)

a4059834235_10Pour pimenter un peu la critique, pour ne pas rester dans une routine de « un article-un album » et pour comprendre mieux d’où ils viennent on va se faire un petit retour en arrière sur Les Mémoires. Ep fondateur du groupe, et énorme pilier qualitatif du band. Un peu l’exemple parfait qui donne raison à l’adage bien connu dans le monde de la musique du « premier album coup de génie jamais égalé ». Je sais de source sûre que ce n’est pas celui préféré du groupe, voir même le plus haït en jugeant les compo’ faites n’importe comment sans grandes idées directrices. Enfin n’importe comment il ne faut pas exagérer quand même, parce que ça respire la maîtrise. Sans une direction donnée peut-être, même si une certaine cohérence se dégage quand même de l’Ep. C’est peut être justement ça qui rend la chose si magique. Spontanéité, aucune prise de tête et aucune barrière ni aucun préjugé pour balancer la sauce. Le mythique premier opus complet par peur de ne pas voir de suite. Et il représente vraiment tout ça en plus de contenir ma piste préféré du band, voir même du style, « Il n’en restera aucun » pour clôturer la petite galette. Un morceau de 9 minutes d’une construction folle. Bien simple, chaque partie/plan surpasse la précédente. Une intro’ agressive et dissonante, suivit d’un groove en mid tempo entêtant et ultra efficace pour tomber dans une accalmie toute en remontée avec ces chœurs clairs en mélopée lointaine pour une explosion de violence sur un simili solo aigu qui finit par te faire perler la larme qui menaçait depuis le début au coin de ton œil. Larme liée à la joie d’écouter tant de beauté en un seul morceau. Ce genre de song qui me fait m’ébahir et me dire que la musique c’est quand même merveilleux. Les mecs bordel, vous avez tout donné et ça se sent ! Composition subtile et magnifique tout simplement.

Mais le reste n’est pas en reste justement. Duo de pistes d’ouvertures complémentaires qui plantent bien le décor : progressif, violent, émotif et avec cette mélancolie bien palpable. Avec un son vraiment singulier. À la limite de la saturation, du son tranchant dans les aigus tout en gardant cette pureté cristalline. Une basse enrobée, lourde et une batterie feutrée mais qui sait claquer quand il faut. Au firmament de cette 3e piste qui s’ouvre sur ces notes de basses en suspens. Un son que j’imagine prendre son sens pendant l’aube, après une nuit de travail épuisant. La force calme du jour qui commence. D’ailleurs force est de souligner que le chant français ne me dérange en rien, bien au contraire il apporte la richesse au style. Car loin d‘être con, tout en étant vraiment poétique, il englobe le band d’une aura que je qualifierai de littéraire. Pas dans un sens bobo intello pompeux. Non non, mais dans un sens justement poétique. N’ayons pas peur des mots ! Que ce soit dans les artworks, les textes, les mélodies… quelque chose que je ne m’explique pas mais qui est profond… Je pourrais étendre étendre le champ lexical. Dire que c’est mirifique, magnifique, prodigieux et mirobolant. Sombre, mélancolique, artistique. Mais je n’en ferais presque rien…J’y peux rien si ils m’inspirent, qu’ils me donneraient envie de disserter sur eux, et imposent le respect. Mais c’est le cas. Je finirais par dire que les chœurs sont vraiment bons et justifiés ! Un petit jeu de passe entre chanteur et chœurs qui se complète dans une litanie presque plaintive, jamais abusivement ridicule, mais toujours tiraillée sur l’ensemble.

a4059834235_10Listen : Cyclamen – Il n’en restera aucun

Comme vous l’aurez compris, ce premier Ep reste un coup de force du style et du groupe. Peut-être plus compliqué que leur récente sortie, c’est sûr qu’on n’écoute pas un skeud de Cyclamen comme on écoute le dernier Slayer. Il faut avoir l’envie et préparer son moment pour l’apprécier à 100 %. Il en résulte pour moi un sans faute créatif et un résultat qui fait mouche. Un skeud que je réécoute toujours avec plaisir et émotion. Je regrette juste l’absence d’une édition vinyle, parce que les compo’ + le design le méritent amplement. Et bordel, foncez écouter « Il n’en restera aucun » ! Et vous comprendrez tout à la vie en un clin d’œil (ou plutôt en neuf minutes).

Howard Bartleh

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