TerrorVision (1987), Ted Nicolau

Déjà de retour de mon trip en terre Overdosienne Lyonnaise et je n’ai qu’une envie : prendre la plume…
Enfin l’overdose on y reviendra parce qu’il m’en faut plus pour tomber en syncope et lâcher l’affaire. Surtout qu’il y avait l’occaz’ et matière à y rester bien plus longtemps. Malheureusement c’est ainsi et je rentre la bourse vide, les euros balancés à tout va pour mille et une acquisitions toutes plus cool les unes que les autres. À commencer par Ceremony 666 qui donne foutrement envie rien qu’à le mentionner. Et vous n’avez que le titre mes cochons parce que la jaquette en fait bien plus baver de joie. Inconnu au bataillon et même pas un seul trailer ou image qui ne traîne sur le net…ça sent bon et j’ai une totale confiance.
Le bilan de cette aventure c’est que ça m’a reboosté tout ça et regonflé à bloc. Prêt à en découdre contre la life et ses petites gigolettes en mode patate de forain option bagues apparentes pour un peu plus de dégâts bien vicieux.
Même si c’est le cœur un peu lourd, à la limite de la mélancolie, que j’ai pris conscience dans le TGV que j’allais retrouver mon traintrain (TGV, traintrain, vous saisissez l’humour ? Haha…). Welcome back taff terne et bien grisâtre, quotidien de rouille et ambiance merdique de la vie de « tous les jours »… retrouver ces robots qui nous entourent, ancrés dans leur société « parfaite » à suivre des dogmes qu’ils ne comprennent pas et subir la vie plus que la vivre, sans passion et sans but…Envie de les secouer bordel et de leur gueuler d’ouvrir les yeux, qu’ils lâchent leur Iphone pour voir tout ce qui est à portée de mains.
Moi faute de grand but, j’ai comme une petite envie de retrouver ma bulle de tranquillité d’esprit. Me remémorer deux-trois moments où l’on a déglingué du son bien de chez nous avec la grosse scène de l’Est et s’effarer à découvrir que Voivod, aussi badass et dark qu’ils sont, se sont amusés à reprendre le thème de Batman version DEATH avec l’ami Mighty Matt’ ! Aller, laissez-moi entrapercevoir une dernière fois la caverne du cinéma de l’ami pour me faire envie, retourner toutes les pochettes dans tous les sens et passer tout en revu encore et encore… Quoi un caprice ? Non je ne vois pas ce que vous voulez dire…

95dc9e049555b0bb003037a991e59d7ecf3cbd67Je n’ai plus le choix, je n’ai qu’une seule chose à faire… me remettre ce TerrorVision devant les mirettes. Film pré-départ que le gazier m’aura mis dans le lecteur. Premier essai pour l’humble invité que je suis chez EMPIRE Picture et premier vrai long de la firme de Charles Band que je découvre. Évidemment j’entends déjà hurler dans le fond que c’est trop tard, que j’ai perdu un temps monstre et que c’est une honte. Moi qui me bouffe des tonnes de films je n’ai jamais vu du Charles Band ?!…. Je vais m’expliquer.
J’ai toujours eu cette image poisseuse, et pas dans le bon sens du terme, du cinéma du gars. Le gros Z bien fauché qui ne ressemble à rien, et qui est surtout bien loin de ses grandes heures avec ce Blooddolls que je n’ai jamais fini. Beaucoup d’acidité dans la bouche, d’où mon rejet bien débile et de ne pas avoir pris les devants pour regarder un film du large catalogue du Charles. Et pourtant au fond de moi je savais que je ratais un truc. J’ai toujours eu ce mélange d’attirance et de curiosité malsaine de son ciné’ après avoir lu des tonnes de lignes sur ses chefs d’œuvres de sa grande époque. Voilà la raison pour laquelle je n’ai pas hésité longtemps quand Mr Cathodic Overdose m’a proposé une petite séance dans son antre et qu’il m’a surtout laissé le choix. Mes yeux se sont tout de suite dirigés vers son coffret sublime de EMPIRE. Quelques mots échangés et c’est TerrorVision qui sera le choix final. Charles Band dans tout son art de Producteur présenté par l’expert en la matière, Mighty Matt’ himself. Presque en mode conférencier, ça en est allé de l’anecdote, de la présentation contextualisée du film, de l’historique de la firme carrément et de ses différentes divagations. Et surtout de l’amour de Charles pour le cinéma faiseur de biffetons et vendeur de rêves (et ouais ce n’est pas incompatible du tout, et pourquoi se priver quand on peut allier l’utile et l’agréable). Une histoire presque triste quand on se rend compte que Charles aurait pu être à l’orée des 90’s le gros producteur incontournable que tout le monde aurait connu, un peu un Michael Bay de l’époque. Mais l’histoire en aura décidé autrement et ce n’est que dans une réalité parallèle qu’il aura eu sa consécration internationale. Parce que consécration il l’a eu, et on est tous là pour en témoigner.
TerrorVision donc, ce n’est sans doute pas le meilleur et le choix le plus évident il en convient pour commencer. Mais le plus relax, en douceur et parfait pour ce visionnage en plein dimanche ensoleillé de fin de séjour.

Une aventure totalement folle, débridée à 2 000 %, haute en couleur, fluo, barrée et sous le signe astronomique de l’humour le plus appuyé, parfois graisseux à donf, de mauvais goût validé par bibi, mais toujours bien dosé pour mes yeux pétillants. Un choix discutable pour découvrir Band’s Productions donc, pour ce côté humour pas du tout représentatif de la firme (qui peut pousser à faire penser à TROMA quelques fois), mais quand même carrément cool pour un film bien bricolé comme j’aime et parfait en vrai cinéma de divertissement avec tous les potards à fond, les jauges au maximum et la soupape à vapeur qui siffle à la mort ! Aucune retenu pour un charme magnétique de dingue qui s’en dégage et qui m’a depuis aimanté à tout jamais.
ti103178_largeOn trouve donc dans ce film de Ted Nicolau l’histoire de la famille Putterman, une famille ultra aisée dans la banlieue américaine. De bons gros riches quoi, mais aux passions assez déviantes. On apprend dès l’intro’, pendant que le père Putterman (joué par l’hilarant Gerrit Graham, toujours en sur-jeu extrême et convaincant à la fois) installe le tout nouveau système de TV réception satellite, que la principale distraction du couple parentale reste la bonne vieille touze des familles. On a tous nos petits vices, et leurs vices restent ma foi bien simple.
Il en découle ensuite une présentation rapide des personnages en même temps que la visite de la villa des Putterman. Une grande demeure à la déco’ discutable, très orientée cul (on se croirait dans les pages du Kamasutra illustré), très coloré et tout en décors studio qui dégage un charme imbattable. Des décors non loin de l’esprit des décors de Star Trek dans le bricolage, le côté évident du studio, mais qui me donnera toujours ces petits frissons de plaisirs coupable d’assister à du cinéma, du vrai, avec tous ses artifices, ses charmes et sa force de rêve sans égal. Je parle de Star Trek parce que ça sera bien évidemment cette série qui me plongera dans cet amour inconditionnel du décor carton-pâte magnifique. Des décors tellement faux, qu’ils font totalement rêver et que tu en oublies ce côté toc pour une immersion totale. C’est dans cette maison que prend vie Mrs Puttreman, la blondasse fausse comme jamais, accro aux faux semblants et bien chaude du croupion. Autant que le père l’est du bamboo d’ailleurs.
S’ajoute autour de ce pilier solidement craignos le fils. Le seul être normal qui n’a aucunement sa place dans cette famille de tarés (joué par Chad Allen que l’on retrouvera beaucoup plus sage dans Docteur Quinn Femme Médecin). Heureusement qu’il a son grand-père. Un vétéran du Vietnam classique persuadé d’un complot mondial visant à contrôler la population et l’anéantir à tout moment, et bien sûr prêt à revivre ses grandes heures de la guerre pour en découdre. Et pour finir le tableau, la grande sœur. Clichée évident de la jeune lycéenne en pleine crise d’ado’, toujours dans la provoc’ avec son petit copainn metalleux jusqu’au bout des tresses de sa fausse perruque.

Terrorvision-FI

Et vous allez me dire que ça ne suffit pas à te pondre un scénar’ de film. Évidemment, et j’arrive à la partie la plus intéressante. Pluthar, Plutonnien peu consciencieux, envoie par mégarde un monstre baveux et à l’air extrêmement dangereux dans les ondes satellites en direction de la Terre. Vous voyez le rapport ? Tout fier de son achat dernier cri, le père Putterman permet à ce monstre dégoulinant, tout en latex et ma foi magnifique pour les moyen alloué au film, de s’infiltrer dans notre famille type américaine et dézinguer un max’ de personnes.

Déjà avec un scénario pareil on n’est plus à même de se poser des questions, on lâche l’affaire et on rentre totalement dans le film sans rien demander et rien chercher. On profite et on emmagasine tout ce qu’on peut recevoir de ce genre de film. Et avec le sourire s’il vous plaît ! Outre le début où le jeu parfois trop exagéré et un peu approximatif de certains acteurs (le gars du câble, la mère Putterman ou encore sa fille insupportable), on en a pour notre argent et je me lance dans un film auquel je n’attendais rien avec en retour l’une des plus grosses expériences marquantes de ciné de ces dernières années. Mon image de petit copain de la Troma s’estompe bien vite.

terrorvision-12J’insiste sur l’analogie Troma Production – Band’s Production, parce que dans ma tête j’ai longtemps assimilé ces deux frères de la prod’ bien évidemment pour le côté bricolé à fond, qui tâche souvent vers du Z (beaucoup plus pour troma) avec ce côté bénéfice à gogo en priorité. Mais loin de moi l’idée de les prendre pour de simples frères maintenant tellement Charles Band fait preuve d’un professionnalisme et d’un côté altruiste qui dépasse de loin la comparaison possible. Kaufman avec sa Troma, en vieux cousin lointain un peu redneck et potache, s’est entiché dans un mauvais goût qui fleure maintenant bon le petit ridicule en nous pondant une chié de film en ne faisant aucun effort et en mettant ça sur le dos de l’humour gras et sans imagination – la marque de fabrique « TROMA » (on pourrait croire que si ses films étaient mieux produits et plus classes Lloyd se trahirait…). Attention je ne jette aucune caillasse, parce que j’aime pas mal de films estampillés T. comme Nuke’em High, Toxic Avenger et autres dérivés. Mais il ne se renouvelle pas vraiment le gars et reste comme je l’ai dit dans son mauvais goût parce que c’est bien plus facile j’ai envie de dire. Pas besoin de chercher loin, c’est facile à mettre en scène et on a pas besoin de bons acteurs. À contrario Charles Band fait preuve de beaucoup plus de passion, de flaire et d’artisanat dans son cinéma. Et tout bonnement de savoir faire. Que ce soit acting, effets visuels et ambiance, Charles Band sera toujours au dessus. Il nous balance des recettes efficaces, vraiment travaillées pour nous servir un VRAI divertissement qui touche droit au but sans prendre de longue route. Un putain d’esprit rock qui le hisse bien plus haut que Kaufman le punk de « base » selon moi, qui au final n’ont pas grand-chose à voir si ce n’est ce côté businessman. En conclusion l’un fait du cinéma et l’autre de bonnes blagues. Pas besoin de préciser qui fait quoi. Et inutile de dire aussi que Kaufman m’a lassé depuis quelques temps, d’où mon manque de compassion.

Mais revenons à nos plutoniens et à Terrorvision, qui rentre maintenant dans la catégorie des films qui te hantent. Plus j’y pense plus je l’aime ce film. Ça me saute aux yeux maintenant, j’arrive à me remémorer des tonnes d’ingrédients accrocheurs, des scènes qui en font un film qui devient de mieux en mieux de façon exponentielle. C’est un film vivant qui évolue dans l’esprit aux mille artifices de bonheurs. Des moments qui touchent au but et qui restent en tête.
Comme toute l’histoire du film qui se déroule en même temps que cette émission, qui passe sans coupure à la TV, aux allures de HorrorShow avec cette Medusa qui a bien chaud aux miches. Une émission qui ponctue le film d’interventions extérieurs au cocon de l’intrigue avec un côté absurde total. En plus de ça, cette émission me rappelle surtout que j’aurais tellement aimé connaître ce genre de programme en France. Ce genre de show à but purement divertissant. Des anthologies horrifiques généreuses. Toujours adepte de ce genre de connerie donc ça commence bien.
Sinon on peut prendre la séquence où le père Putterman en pleine préparation partouzienne, et même sur le point de conclure l’affaire, se rend compte que Spiro le bel étalon italien n’en a que pour son fessier d’homme dans la force de l’âge et non celui de sa femme… Une situation cocasse on l’admettra, pas bienvenue pour tout le monde, qui vaut une explosion quasi homophobe mais totalement fandarde du Daddy bien vénère de découvrir le poteau rose. Et de poteau rose, vous voyez ce que je veux dire !
On peut même juste s’attarder quelques instants sur l’apparition de Pluthar sur Terre. Aussi courte qu’intense et magique pour moi avec cet homme venu d’ailleurs qui repart comme il est venu. Je n’en dis pas plus mais à l’image du film, ça part dans tous les sens. Bien sûr on peut tout passer en revue… Et c’est bien évidemment ce que je vais faire. Quand j’y réfléchis chaque séquence vaut son pesant de cacahuètes.
– J’ai adoré OD, le copain metalleux joué par Jon Gries qu’on verra dans le Caméléon bien plus tard, avec ses « dudes » dans tous les sens (« Hey army dude » « Hello Dude » « Duuuuude »), en gros teubé de service qui ferait presque grincer des dents, mais qui au final est vraiment attachant.
– J’ai trouvé le rôle du grand-père plus que nécessaire pour former le gamin en tant que modèle en étant son camarade de jeu. Et je l’ai trouvé d’autant plus cool quand il est poursuivi par la mort et hanté ensuite.
– Le gamin n’en parlons pas. Totalement exclu, personne ne le croit. Encore une fois on croit que le grand-père rendu sénile lui a encore raconter ses histoires à dormir debout et bourré le crâne. Mais pour une fois, moi qui déteste les bambins dans le film, je l’ai trouvé ultra cool. Réellement badass et dans son monde. Un véritable paria enfermé dans son univers de gosse passionné et passionnant. Parfois on se demanderait presque si il ne rêverait pas de tout ça comme simple jeu pour fuir le quotidien bien craignos de sa famille. Mais heureusement pour nous, cette bataille contre le monstre est bel et bien réelle.
terrorvisionJ’ai été agréablement surpris par ce retournement de situation grâce à OD qui transforme le monstre en simili animal de compagnie. Un bon moyen de se calquer sur les grands frères à la E.T. de Spielberg, et tout ce sous genre qu’est né avec la bobine, en passant par les différentes étapes de sa domestication : la bouffe, la zic à écouter, la conduite à avoir en société, etc. Bien léger et pourtant ce n’est même pas en incohérence avec le film.
– Je mettrai une option aussi sur les mises à morts graphiquement trop classes du film ! Et ouais faut insister dessus parce que j’avais toujours cette approche très fauchée du cinéma de Band, expliquée plus haut par ses dernières prod’, mais là ça respire la classe. Le monstre peut ne pas plaire graphiquement, le character design peut choquer parce que oui il est bien moche. Ce qui n’empêche pas les mises à morts d’être bien craspecs, bien slimeuses et bien cool. Une tête bouffée ou un buste planté pour n’en citer que deux… du kiffe en barre. D’autant plus kiffant quand le monstre ramène des morceaux de cadavre qu’il a ingurgité à la vie pour duper le candide gamin qui n’y voit que du feu !

Bon vous l’aurez compris, on pourrait en parler des heures, surtout que chaque plan du film et chaque ambiance vaut vraiment le coup d’œil. Une vraie magie qui respire le bon esprit, et une certaine féérie qui m’a fait penser aux ambiances Elfmanienne des débuts de sa puissance. Assez barré et coloré pour correspondre totalement. Le tout dans une histoire de monstre latex de l’espace perdu dans une famille dérangée et bien clichée, avec tout qui part en couille. Ça fait rêver c’est sûr.

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On peut même rajouter que le rythme est vraiment bon, bien soutenu avec un déroulement des péripéties parfait et bien construit. N’en déplaise à un Nolan toujours à la recherche du compliqué et du scénario de 450 pages (elle est gratuite et pour toi celle-là), Nicolau avec un scénar’ tenant sur un timbre poste efficace te plante un film qui ne prend pas le temps d’ennuyer, qui va à l’essentiel et qui te tient en haleine. Pas besoin de 30 décors, de 150 figurants, ça va direct au but et c’est juste putain de divertissant du début à la fin !

De même que l’ambiance travaillée de la bobine, avec ses couleurs loin d‘être choisies au hasard, donne un gros gros cachet au film ! C’est juste jouissif à souhait et divertissant à fond. De plus avec tout ça, Teddy et Charlie peuvent même te balancer une critique incisive de la belle famille américaine. Ce n’est pas interdit, ça fait même plaisir et tout peut très bien aller ensemble !
Un film génial en somme… on ne s’en rend pas compte au début, on se laisse prendre au jeu pendant le visionnage pour être totalement fan après coup. C’est bel et bien une bonne petite claque que j’ai vécu.

Ah… ça va beaucoup mieux, je sens moins la grisaille et j’ai retrouvé des grosses couleurs aux joues ! Découvert sûrement au bon moment, ce film rien qu’en y repensant me replonge direct dans le bon spirit et les good feelings ! Le monde que j’aime tout simplement. Un monde sans robot et où le partage le plus pur est de mise. La vie quoi, aussi simple soit-elle. Mighty Matt’ m’a ouvert les portes de Charles Band de la meilleure manière qui soit, et qu’une seule chose à dire pour conclure : à moi la conquête de l’EMPIRE.

Howard Bartleh

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2 réflexions au sujet de « TerrorVision (1987), Ted Nicolau »

  1. Cool mec ! Ravi que le film t’ai plu à ce point et surtout hâte de te voir continuer ta découverte du catalogue de tonton Band ! On se refait une session dès tes prochaines pérégrinations en terres rhodaniennes…

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